Dans le Grand Livre des Records, puisse se lire un jour quelque chose d'unique et de grandiose. Au sujet du taxidermiste.
Je parle de cet homme qui serait parvenu, dans la force de l'âge, à se planter là, plus précisément entre le sol et le là, pour ainsi dire nulle part et toujours
imminent. Il aurait l'air de quoi ? Un peu d'une poupée russe, bombe fractale enceinte, et fidèle à l'abîme où vient mouiller le nombre infini et secret de l'intimité. Il aurait l'air de quoi, ce
sosie de toute part, cet idéal récidiviste, si différent et si proche de toutes les espèces mortes ou vives ? Elles qui vont et qui viennent jusqu'à lui, terme de leur évolution.
Cet homme, aussi inconnu que le soldat, se surnommera pour toujours Noé, qu'il soit poupée, qu'il soit pas russe, et que son arche soit submersible à l'instar d'un
téléscope dans les étoiles, et qu'il coule et s'enfonce vers les origines profondes de l'univers.
Mais puisque l'avarie est fatale, le sang gicle à l'intérieur de l'arche. A tout prix, le vaisseau doit alors atterrir. S'il se cherche une terre, ce sera donc la
nôtre. Ce sera entre le sol et le là que le taxidermiste échouera, déluge empaillé, animal émancipé.
Depuis lors, l'animal pensant se sait en libérté, certes, mais une libérté conditionnée. Car la terre est une île entre l'eau et le bas. Ses limites sont aussi
formelles que définitives. Et au-delà du périmètre de son équateur, la seule ex-croissance possible réside dans quelques délires purement spéculatifs. Autrement dit un autre monde,
celui dont l'astronome tombe amoureux dans l'effet grossissant de sa longue vue éréctile. Mais ce nouveau monde, depuis le déluge, est aussi un asile pour mégalos dont n'importe quelle ivresse se
rapporte à celle des profondeurs.
Quant à l'évolution des espèces, elle a dû plus qu'elle n'a su s'arrêter là, à la suture de l'au-delà, de même que les oiseaux ne peuvent s'élever plus haut que
l'équateur.
Et même l'homme, même cet homme de paille qui croit encore pouvoir évoluer en est bien peu capable. Alors il reste planté là, travaillant du chapeau, à l'évidence
de paille. "Planté là", fanfaronne t'il, "mais planté là pour mieux m'en arracher !". Plus haut que les oiseaux, plus haut que l'équateur, s'arracher à la pesanteur, et sans aucune contrainte,
rebondir d'orbite en orbite et les associer toutes comme autant d'idées élévées... et travailler du chapeau.Incorrigible épouvantail, tu sèmes la terreur sur toutes les cultures de peur de les
oublier. Ta mémoire vive n'est plus qu'ivresse des profondeurs. Ton dynamisme n'est plus que spéculation, implosion. Et le sang gicle à l'intérieur de l'arche.
Aussi desertifiée qu'un vaisseau-fantôme, la terre apprête sa volte-face. Et au crépuscule de son évolution, ce demi-tour entre le sol et le là va lui suffire pour
perpétuer son aller simple... qui désormais se fera à reculons.
A rebours de l'évolution, l'homme de paille ne s'arrachera plus à la pesanteur. Et comme au delà de l'équateur, rien n'est jamais si haut, l'homme de paille
comptera les espèces en voie de disparition, ou pire encore, il comptera les espèces trébuchantes en voie de dé-multiplication.