Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
J'ai déjà précisé qu'au fur et à mesure de l'édition de ce blog, il m'arriverait de publier quelques extraits d'un bouquin que j'avais écrit pas trop bien, CONTRE TOUS LES EMPIRES. Il y a quelques années de cela, les Éditions du Panthéon m'ont proposé un contrat auquel j'ai eu la vanité de céder, j'ai donc payé pour sa publication, mais comme on dit, la parole est d'argent si le silence est d'or. En d'autres termes, et avec le recul approprié, la seule chose qui me convienne encore quand je relis ce livre, c'est sa mise en page. Aux presses de Verneuil sur Avres, (Imprimerie J-C Lavielle), les imprimantes n'ont pas bavé, contrairement à mes lecteurs, qui eux, ont du en baver plus d'une fois, des copains des deux sexes qui ont eu la gentillesse de m'acheter ce livre dès sa parution trop précoce, des gens de la famille aussi, une famille qui ne m'a jamais déroulé le tapis rouge, bien au contraire, elle a toujours bien travaillé pour m'aider à garder les pieds sur terre, et la tête dans les nuages. Il peut paraître surprenant d'entendre un auteur de 45 ans dire que son premier livre est aussitôt précoce, et c'est pourtant son cas, dans la mesure où les idées qu'il véhicule ne sont pas tout à fait sottes. Mais justement, quand les idées sont bonnes, le style doit être à la hauteur, et quand on a une très haute idée des idées, il ne faut pas avoir une trop grande estime pour le style qui les accompagne. Comme on dit, ce qui est bien compris doit être exprimé clairement, et je suppose alors que mes lecteurs ont dû croire que je n'avais rien compris à ce que je racontais. Ma foi, je suis comme ça, je progresse lentement. Il faut me comprendre, je n'écris que quelques fois, et il n'y a que quelques mois par an. Raison pour laquelle j'ai toujours mis beaucoup de temps à noircir une page de haut en bas, avant de la jeter à la corbeille. Et puis il m'arrive de recommencer à m'entêter, rarement, mais sûrement, comme pour la mise à jour de ce blog, point trop n'en faut. Et pourtant, par la suite, l'existence providentielle de ce blog pourrait fort bien servir la cause de ce livre, ce blog pourrait m'aider à en recycler les idées, dans un style moins pollué par un vocabulaire d'expert, en la matière expert sans la matière, parce que CONTRE TOUS LES EMPIRES parle du vide, de la nécessité du vide, comme son titre ne l'indique pas. Et pour commencer le rafraîchissement de ce bouquin, autant pour renouveler la quantité que la qualité de ses pages, je vous livre son introduction sans en changer une phrase, peut-être en remplaçant de temps en temps un mot par un autre, mais je vous délivre cette introduction de la geôle dans laquelle je m'engage à contenir tout le reste de ce bouquin, la geôle de la correction, correction vis à vis du lecteur qui n'a pas que ça à foutre de philosopher en fouillant des tonnes de dictionnaires. Alors c'est promis, pas de mots rares avec des idées hautes, pas de phrases prétentieuses pour compliquer les idéaux. Simplement l'Introduction, livrée telle quelle, brute de décoffrage, histoire de vous mettre au parfum de mon engouement pour la philosophie, pour la politique, pour l'impertinence, la poésie, les sciences, pour la pertinence aussi, la pertinence d'un certain vertige vis à vis du vide si nécessaire aux conquêtes de la vie. Je trouve en effet pas trop conne l'idée de voir dans ce vide, dans ce néant foncé, une réalité aussi nécessaire que le monde concret. Et bien que de nos jours, la mode de la positive attitude nous engage, ça va de soi, à positiver sans arrêt, je vous engage cependant à songer à quel point le négatif et le positif sont complémentaires, aussi complémentaires que le monde concret qui ne pourrait trouver sa place ailleurs que dans le vide total et complet. Que serait une batterie de bagnole avec seulement le pôle plus, que serait un batteur sans les baguettes, que serait un joueur de tamtam sans les mains ? Ces questions n'ont qu'un objet : elles évoquent clairement que l'énergie se transmet en fonction d'un tas d'alternatives, entre le positif et le négatif, qui naissent et renaissent égaux en droit depuis toujours.
Et maintenant, pour ce qui est de l'Introduction en question, elle ne manque plus qu'en étant précédée d'une forme de dédicace. Une dédicace que j'aurais déjà pu faire à l'adresse de ceux et celles qui ont eu la gentillesse de m'acheter mon livre, sans trop le louer. Merci pour leur franchise.
INTRODUCTION
A propos, l'impertinence gênerait-elle plus que la pertinence, et d'ailleurs, quand l'une ferait défaut, l'autre y gagnerait-elle forcément ? Si je réponds que ça m'est égal, c'est en raison de leur égalité de traitement dans ce livre, rien à voir avec le j'men foutiste quand il répond que ça lui est égal. Ce qui nous différencie lui et moi, c'est mon indifférence qui n'est pas synonyme de la sienne. Pour moi l'indifférence indique le point de rencontre que toutes les différences devraient atteindre, cette indifférence équivaut à un sommet dominant et crucial, comme si par suite à la diversité de leur abrupt cheminement, toutes les différences pouvaient connaître le bonheur d'y partager un aplat culminant.
Et tout en haut de ce Mont Panacée, le présent du conditionnel avoisinerait les espoirs les plus fous du subjonctif le plus illuminé. Le lion y partagerait sa couche avec l'agneau, si tant est que l'un soit repu et l'autre sevré, attendu que depuis la pax romana, aucune relation vivable n'est jugée plus diplomatique que la satiété réciproque. De nos jours encore en vedette, cette "paix romaine" prétend assurer pour tous le pain et ce qui va avec... sauf que les jeux vidéo ont remplacé les jeux du cirque.
Il est donc bien clair que plus nous serons nombreux sur cette planète, et plus les conditions du rassasiement y seront dures à satisfaire. Le sociologue Malthus l'a énoncé en long et en large : quand les invités au banquet se multiplient, la qualité des petits pains en pâtit. Dans ce cas en effet, ces pains ne se multiplient plus, ils se démultiplient. Alors n'attendons pas d'un miracle biblique qu'il fasse de nous des assistés. Le message est pourtant clair : c'est la faim qui nous divise, et pour changer le monde, il faudra moins de monde.
La faim prend irrémédiablement le pas sur les codes communautaires. Dès que les uns veulent ce qu'ont les autres, l'orgie (romaine), très féconde en petits dans le dos, engendre des Judas à tire-larigot.
Il serait donc regrettable de négliger les références religieuses, dont ce livre se réclame humblement, ni les justifications philosophiques, à gogo dans ces modestes pages, et encore moins l'idée même de la politique, de l'économie, et de toutes les sciences plus ou moins humaines. Il serait vraiment regrettable de détacher une seule de ces idées du tronc commun de la conscience, de cette conscience assez pleine pour les vouloir toutes en partage équitable.
Que l'une des faces cachées de cette conscience vienne à manquer, et comme on dirait en comparant cette conscience à un dé à six faces, ce foutu cube serait pipé. Le cube de l'aléa, le dé de l'aléatoire aussi historique que l'expression latine, alea jacta est, qui ne signifie pas forcément que ce dé roule en venant de l'est, mais quand même, il roule, traduction du sort quand il en est jeté. Et à force de rouler, ce dé vieux comme Hérode s'érode, ses angles perdant de leur tranchant, il ressemble bientôt à une sphère, à une boule comme la terre et peuplée de l'insaisissable secret d'une identité commune.
Cherchez, disait Celui que l'on sait. Cherchez et vous trouverez. Vous trouverez l'indifférence égalitariste, qui n'est pas l'indifférence de trop d'égos. Vous trouverez l'indifférence plénière, elle qui par delà les mécanismes anguleux, surplombe des siècles d'alternances, des millénaires de querelles catégorielles. Cherchez donc, et vous comprendrez comme quoi les idées trop carrées nous roulent, comme quoi on en perd la boule. Car au juste, les différends sont si confortables à ruminer, ils sont tellement prédigérés, qu'ils nous enjoignent de prendre parti, pour un oui pour un non, et même souvent entre deux oui, comme s'il fallait à tout prix que nous tranchions, entre des notions aussi contradictoires que l'Éternité d'une part, et d'autre part les inéluctables changements de Miss Évolution.
Mais y a t'il un honnête homme vivant à la surface de ce vieux dé parfaitement érodé et poli, un seul homme pour m'indiquer sommet plus élevé que celui du Mont Panacée ?
On ne dit pas "monter en haut", absolument pas, il s'agirait d'un pléonasme. Mais monter tout là haut, quand tout ici est bas, alors là oui, vive cette précision au bord du pléonasme, mais à cent lieues de s'y abandonner.