Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Tandis que le prix du pétrole égale les pics de pollution, tandis qu'un certain chlore déconne et veut la peau de la banane antillaise, tandis que les mal logés pullulent et que les Clergés prohibent la pilule, il n'y a plus guère que la liberté d'expression pour mettre un peu de baume au coeur des bénévoles. Encore faudra-t-il qu'ils n'aient pas à payer le prix de leur virulence, virulence d'autant plus embarrassante qu'elle échappe au contrôle des pouvoirs publics.
Nous en voulons pour preuve la croissance exponentielle de la blogosphère dans l'immensité d'un grand vide juridique. Aucune loi en effet ne vient entraver la mise en ligne spontanée de millions d'articles plus dissidents que lus, tant que leur quantité fratricide compense l'absence de censure avérée. Car il faut bien l'admettre, la blogosphère souffre de ce que disait Coluche à propos du clivage démocratique, et si dans les démocraties populaires de l'ancien bloc de l'est, force était de fermer sa gueule, dans nos démocraties populeuses, c'est cause toujours qui fait la loi. Comme on le dit dans nombre de cas, trop c'est trop, et si trop d'impôts tuent l'impôt (direct ou pas), si trop de vie tue la vie (militairement ou indirectement), trop de blogs les réduisent à un silence plus que relatif.
Mais le caractère déprimant de ce constat est-il une raison suffisante pour déboucher sur une polémique à l'encontre des blogueurs, autour d'un projet de loi liberticide ? L'idée, en provenance d'Italie, fait fulminer les blogeurs de la péninsule. Depuis que le Conseil des ministres a adopté le 12 octobre dernier un projet de loi sur la presse qui, à travers cet article, pourrait durement frapper les internautes. Selon ce texte, il sera question de ficher toute personne ayant une "activité éditoriale" y compris sur le Web, y compris hors-cadre professionnel. Amis bénévoles comptez vous, le timbre fiscal que vous réserve l' Autorité pour les Communications pourrait vous faire tirer la langue. Au point que l'acteur Bello Grillo, sorte de Coluche vivant (en Italie), fasse campagne sur son propre blog et s'insurge contre la classe politique. Au point que plusieurs ministres, dont celui de la Communication, soient intervenus pour demander une modification du projet. Projet dont l'auteur, le secrétaire d'état Ricardo Franco Lévi, a assuré qu'il n'était pas question de bâillonner Internet, et que seuls les journaux en ligne seront concernés, pas les blogs.
Reste que cette mesure risque d'augmenter les peines encourues par les internautes en cas de diffamation sur le Web, chose en quoi il n'y a rien a objecter, ni avant, ni après ratification éventuelle de cette loi, les personnes concernées restant ce qu'elles sont, soit des professionnels de l'information, soit des journalistes amateurs, les uns et les autres ayant à répondre de leurs actes au delà du principe des libertés informatiques. Attendu que la déontologie commune aux gens de métier et aux bénévoles suffit à disculper le travail proprement dit, et à le distinguer de l'oisiveté calomniatrice et gratuite.
Mais sommes nous alors encore en train de parler de la blogosphère, exclusivement, ou d'une réalité beaucoup plus globale, au gré de laquelle les gens de métier, réputés compétents, inquiètent moins les autorités que ne le font les laissés pour compte, dont l'incompétence est de plus en plus sujette à caution ?