Revoici Les Dix Commandements, succintement ornementés de quelques amendements et autres commentaires. UN : TU N'AURAS D'AUTRES DIEU QUE MOI. Car tous les autres dieux sont morts. Mais rien ne t'empêche d'étudier les vieilles mythologies, en commençant par la grecque ou la latine, à condition que ce travail purement intellectuel et trivial se borne à te plonger dans un passé révolu auquel tu te flatteras de ne plus croire. DEUX : TU N'INVOQUERAS PAS LE NOM DU SEIGNEUR TON DIEU POUR LE MAL. Car je ne suis ni Mars, le dieu de la guerre qui finira faute de combattants, ni Vénus, la déesse de ton désir en berne et des remèdes de grand-mère aphrodisiaque. Contente-toi donc de juger de la beauté, ou de la monstruosité de tes actes en ton âme et conscience, et en fonction de tes goûts plus ou moins frelatés. Émets donc comme un doute, à l'encontre de ces goûts, et à l'égard de tes dégoûts. Je ne suis pas les uns, ou les autres. Et s'ils se nourrissent mutuellement, s'ils se digèrent, s'ils te font vomir le criminel, toi seul est juge de ta modération. Par acquis de conscience, songe également à ne pas juger trop favorablement ceux que tu aimes et qui t'aiment, ni trop défavorablement ceux que tu ne peux pas blairer et réciproquement. TROIS : TU FERAS DU SABBAT UN MÉMORIAL, UN JOUR SACRé. PENDANT SIX JOUR, TU TRAVAILLERAS ET FERAS TON OUVRAGE. Mais le septième jour, en l'honneur du Seigneur ton Dieu, tu poseras un RTT. QUATRE : HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE AFIN DE VIVRE LONGUEMENT. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Et la longévité de cette nombreuse progéniture constitua leur seule assurance vieillesse. Excepté dans les pays sur-développés, où par la grâce des Caisses de Retraite, les parents peuvent cotiser durant quarante ans de labeur, sauf les septièmes jours, afin d'espérer vivre longuement sans craindre de devenir une charge pour leurs enfants. La garantie d'une retraite honorable dispense de trop en avoir, des enfants, outre que cela rend ce commandement intergénérationnel facultatif, voire superflu. CINQ : TU NE COMMETTRAS PAS DE MEURTRE. Sauf en cas de légitime défense. SIX : TU NE COMMETTRAS PAS D'ADULTÈRE. Mais divorcer n'est plus tromper. SEPT : TU NE COMMETTRAS PAS DE VOL. Fouillez-vous les uns les autres, et les cleptomanes seront pardonnés. HUIT : TU NE PORTERAS PAS DE FAUX TÉMOIGNAGE CONTRE TON PROCHAIN. Ce commandement s'adresse à toi, notamment si tu n'es qu'un témoin indirect de la scène en question. Si par exemple quelqu'un t'as dit que quelqu'un lui a dit que ça se dit, abstiens-toi de commettre telle gageure qui reviendrait à accentuer les traits d'une personne jamais vue. Et saches que par définition, le modèle d'une caricature est en chair et en os, pas l'un ou l'autre. NEUF : TU NE CONVOITERAS PAS LA FEMME DE TON PROCHAIN. Tu ne convoiteras pas l'homme de ta prochaine. A moins que tu ne sois avocat spécialisé dans les affaires de divorce houleux. Et lucratives. Car si tout accusé a le droit à la défense, tout client a le droit à la dépense. Mais un avocat ne convoite pas ton argent. Il t'aide, tout simplement. Il t'aide à vivre dans le respect du sixième commandement, au cas où tu l'aurais oublié. DIX : TU NE CONVOITERAS PAS LA MAISON DE TON PROCHAIN, NI SON BŒUF, NI SON ÂNE. Alors là, vu la crise du logement, ce commandement est devenu le plus difficile à respecter. Comment le SDF pourrait-il, en effet, ne pas envier le chien nourri logé toiletté qui monte la garde derrière les grilles d'une propriété avec vue sur les privilèges ? Quant au bœuf, quant à l'âne, même si depuis, le chauffage domestique les a techniquement remplacés, ils eurent pour mission fondatrice de réchauffer l'espace sans confort d'une crèche mythique. Tant et si bien qu'à la fin de chaque année, au début de tous les hivers, à date fixe pas comme lui, le SDF convoite-t'il le bœuf et l'âne, ou songe-t'il à leur adresser ses vœux les plus chaleureux ?