Faut-il être lâche pour se suicider, ou bien l'attentat-suicide est-il l'apanage d'un courageux suprême ?Vaste question, tant elle semble séduire les candidats à l'exploit de mes deux. Cela pourrait être un sujet de dissertation donnant lieu à l'épreuve de philo du baccalauréat : Le suicide, qu'en pensez-vous, exprimez-vous ? Et il y a fort à parier que lors de cette dissertation, par définition mitigée, l'intellect des candidats au diplôme prestigieux les emploieraient à peser le pour et le contre. Par exemple ils s'exprimeraient contre la thèse, selon laquelle le suicide est courageux quand on est riche à crever. Et par exemple ils écriraient pour l'antithèse, selon laquelle le suicide est lâche quand on est pauvre ou malade, jusqu'à crever aussi. Mais le suicide pourrait être lâche de la part d'un riche, devenu pauvre, au moins du point de vue de la synthèse et de l'épreuve. Et pour ce qui est de la conclusion, elle aussi dissertée, concertée, les bacheliers en herbe la souhaiteraient ouverte sur le débat, et dire. Dire que le courage serait parfois complètement hors-sujet, trop facilement opposable à la lâcheté, aussi confusément qu'à la paresse, lesquelles auraient alors leur repaire dans la nature et dans ses lois de la fuite pourtant nécessaire et vitale. En revanche, et à l'évidence, il n'y aurait aucun honneur dans un acte de trahison, et l'acte qui consisterait à frapper un être dans l'incapacité de fuir serait alors un acte de haute trahison. Frapper un être sans défense reviendrait aussi bien à lui tirer dans le dos, à trahir sa nature, sa culture et sa religion, jusqu'à trahir l'Etre suprême en espérant le connaître tout au bout d'une fuite en avant imbécile.