Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

Publicité

Dauphins et faux requins

Le blogueur est à l'image de la société. Ni analphabète ni illettré, bien au contraire, le blogueur ne sait plus lire tellement il aime écrire. Bien intégré à une communauté ou plutôt tenté d'émerger en solo, le blogueur a la créativité déchaînée qui se nourrit d'un contexte stimulant, et s'en contente souvent. Le blogueur n'a plus l'envie de lire tellement le temps de se relire l'accapare. Et l'amour du prochain tel que j'en doute est aussi déroutant par la voie du web que lors d'une déambulation citadine. Les surfeurs se croisent sur le web, les piétons se dépêchent dans la rue, dans les deux cas chacun n'a rien de mieux à faire que d'ignorer superbement autrui, vis à vis duquel la confiance a ses limites, un peu parce que l'univers de la communication se trouve saturé d'une convivialité feinte.
De la faconde à la prolixité cancanière, il n'y a certes qu'un pas, raison pour laquelle les gens expérimentés rechignent à se confier sur la place publique ou sur l'agora virtuelle. Et pour tout dire, surtout quand ça dérange, cela supposerait le préalable d'un temps de lecture débordant le cadre des fuseaux horaires. Largement. Vingt quatre heures de lecture quotidienne ne suffirait pas à engranger les retombées exhaustives de l'Ecclésiaste, "rien de nouveau sous le soleil", mis à part la lune et ses effets sur les marées. Et là, vu sous cet angle de l'influence lunaire, le rêve est encore possible, le nouveau est encore à venir, pour le meilleur et pour le pire, et le surfeur sachant prendre quelques risques trouvera toujours une marée montante quelque part, suivant l'alternance des idées en vogue avant qu'elles ne se retirent des plages horaires. Au sein du web qui n'est en soi jamais à marée haute, les vagues et y compris les vagues à l'âme se succèdent en si grand nombre que pour jeter un sort aux clapotis du doute et du découragement, il n'y a pas mieux que cette quantité indéfinissable, même s'il arrive à ce bavardage numérique de cruellement causer la perte d'une autre qualité.
Le blogueur est un animal marin malin. A l'instar du dauphin, il vit dans l'eau parce que la terre ferme est trop ronde. Et ce blogueur ne se fie pas qu'aux seules marées dont la mouvance dépend de l'horizon. Le blogueur connaît en revanche une trajectoire voisine de la verticalité, attiré comme le dauphin par les grands fonds pour y puiser sa nourriture, sa vision de l'actualité et sa lecture...  et soudainement attirant quand il surgit au milieu de nulle part, mais immanquablement à la périphérie du web qui monte qui monte, ballon gonflable dont la surface extensible, tout le contraire d'une peau de chagrin, quoique... il y aura toujours des sites moins fréquentables que d'autres, et dont le nombre de visiteurs ne cessera pourtant d'augmenter, parce qu'il y aura toujours une poignée d'énergumènes pour apprendre sans le moindre soupçon de vocation... à lire.
Mais foin de leurs quelques blogs causant le déshonneur de la planète net. Le blogueur reste à mon sens cet iceberg dont la partie immergée rejoint l'inconscient collectif et le souci d'autrui par le rêve et la lecture indocile. Et s'il existe un jour une civilisation disposée à dénigrer la nôtre, elle nous attaquera probablement par là où le bas blesse, là où une faille incommensurable se confond avec une quantité de talents parvenue à saturation. Car notre civilisation en est percluse. Trop de talents en effet qui entrent en âpre concurrence, trop de savoir-faire dont le web n'offre qu'un tout petit échantilon, comparé à la densité du nombre des qualifications professionnelles qui dynamisent le monde moderne, hélas en en banalisant l'objet, ouvrant en l'occurence un boulevard à ses détracteurs dont la critique est de plus en plus facile.
Notre civilisation prête à sourire, prête le flanc, entrée en vive concurrence avec elle-même, superprédatrice sans rivale, force est d'en convenir. L'inconvénient, c'est qu'une espèce vivant sans adversaire au dessus d'elle se condamne à l'autodestruction, à moins que...
A moins que l'exhaustivité de son rêve conserve toute la plasticité d'une matière extensible, et continue de mordre ferme à l'hameçon de sa créativité débordante.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article