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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Sans-papiers

Dans l'immédiat, ça m'aurait plu d'aborder le cas Gandhi, hélas ce sera pour la prochaine fois, tant l'actualité règle la circulation en fonction de certaines priorités dramatiques.

Hospitalisé à Armentières, Cissé est à bout de force. Ils sont une soixantaine d'hommes comme lui, à Lille et alentour, arrivés de Guinée ou d'ailleurs, des sans-papiers, et je me suis toujours demandé pourquoi mettre un "S" à papier dans cette circonstance, puisque sans issue n'en a pas.

Quand je vous disais qu'il y avait de quoi songer à l'influence de Gandhi, luttant jusqu'à l'épuisement sans vouloir faire couler la moindre goutte de sang, et usant son corps à l'égal de l'outil d'une résistance pacifique. Soixante ans après son assassinat, ils sont une soixantaine à l'imiter, soixante immigrés en situation irrégulière, bien décidés cependant à faire valoir leurs droits fondamentaux au bout d'une grève de la faim de soixante jours.

A l'évidence, les pouvoirs publics n'ont pas vocation de céder au chantage, mais quand le procédé du jeûne jusqu'auboutiste en devient un, l'embarras perceptible des élus locaux, espérons-le, n'est pas seulement un embarras d'ordre gastrique. Tandis que ces édiles campent sur leurs positions, soixante squelettiques ou en passe de le devenir campent à proximité du CHU de Tourcoing aux frais du contribuable, mais que celui-ci se rassure, cela ne lui coûtera qu'un peu d'eau sucrée, de thé et de café.

L'immigration clandestine, un des problèmes majeurs du XXI° siècle, il fallait la prévenir au XX°, mais c'est quoi au juste cent ans, quand deux milles ans de christianisme n'ont guère contribué à mieux faire que d'opacifier les tractations financières sur le dos de la piétaille reproductible à volonté ?

" Pour que les riches soient de plus en plus riches, les pauvres doivent être de plus en plus nombreux." Extrait de CONTRE TOUS LES EMPIRES. Et ce grand principe de la spéculation ne date pas d'hier. Il est tellement ancré dans les moeurs des places boursières que la génération montante d'aujourd'hui n'est pas dupe. Elle ne croit plus aux révolutions d'antan. Ces révolutions n'ont fait que redistribuer les richesses à l'écart du plus grand nombre. Ainsi la bourgeoisie a-t-elle remplacé la noblesse, jusqu'à ce que les nouveaux chevaliers d'industrie aient les moyens d'en racheter les titres. Retour à la case départ, retour à la case des grosses parts.

Non pas parce que de retour à ce point zéro, il serait de bon ton de diaboliser la spéculation. La jeunesse ne serait pas dupe. Elle préfère comprendre ce qui se passe pour l'admettre et en tirer les conséquences. Qu'elle sache alors que la spéculation est un procédé tout à fait admissible lorsqu'elle correspond à des investissements à la fois rentables et sources de progrès social. Dans ce cas les places boursières et les banques centrales jouent un rôle prépondérant pour attirer les capitaux des investisseurs, avec mission en retour de faire fructifier ce capital de base qui leur est confié. A cette condition, l'argent du spéculateur est productif, ce n'est pas de l'argent gagné en dormant, puisqu'il a valeur de contribution à la marche en avant du progrès, et à la multiplication des biens de consommation courante.

Mais là où le bas blesse (et ce n'est pas un bas de laine), là où la spéculation fait des bulles, quand les investisseurs autorisés s'adonnent à des placements à l'aveuglette, quand les capitalistes exigent des retours sur investissement pleins d‘impatience, impatience en totale contradiction avec la tempérance légitime des délais de productivité, les places boursières n'ont alors plus aucune raison d'être. Elles sont hors-la-loi et chacune des crises qu'elles génèrent effectue un rapproché dangereux avec les circonstances tragiques du crash boursier de 1929. Quand on connait de plus le poids qu'a eu ce crash sur l'avènement de la seconde guerre mondiale, avec cent millions de morts dont ceux de la Shoah, Nagasaki et Hiroshima mon humour, il en prend un sérieux coup. Car dans ce cas aussi la spéculation est source de progrès, mais uniquement à des fins militaires. Il paraît même que lorsque la spéculation devient une arme fatale, certains investisseurs font autant de placements dans les mines anti-personnelles que dans les prothèses. Agir de la sorte, dans le jargon de la finance, ça s'appelle se confectionner un portefeuille, sans "S". Mais ne vaudrait-il pas mieux être sans-papiers.

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