Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
L' efficacité de la résistance pacifique a ses limites, mais Gandhi l'a
expérimenté à un tel degré d'exemplarité, que l'implication de ce leader charismatique dans les évènements de son époque continue de fasciner le monde entier. Au point où nous en sommes rendus en
2007, point de rupture, choc des cultures et des diseuses de bonne aventure verraient plutôt dans l'idéal de la résistance pacifique la foule des espérances trop naïves, pour ne pas dire révolues
et déchues, et ce qu'on en dit justement, de cet activisme pacifiste, tourne vite à la dérision des témoignages blasés. Au sujet de la non-violence, on médit plus vite qu'on médite. On se moque
plus qu'on s'en moque. Et la conclusion intellectuelle de cette médisance, de ce dénigrement, se veut probante. Preuve à l'appui en effet, le pacifisme a la peau dure, très dure et rendue telle
par les coups qu'il n'a pas rendus.
Gandhi les supportait, les coups, et ne supportait pas qu'on les redonne. Cela ne vous rappelle t'il pas quelqu'un d'autre ? Si : si quelqu'un vous frappe sur la joue, tendez l'autre... Et c'est fort de ce précepte christique que Mohandas Gandhi pratiquait une non-violence pas toujours convaincante. Le Mahatma était cependant persuadé que sa méthode correspondait à une incitation au courage. Selon lui, quelqu'un de prêt à prendre un coup pour bien montrer qu'il ne ripostera pas, prouve de la sorte qu'il ne se détournera pas de sa route, en dépit de la rudesse des obstacles. Cette attitude est censée réveiller en l'homme quelque chose qui fait que sa haine diminue, et que son respect de l'autre augmente. Voilà donc une théorie qui se discute, et qu'on se la dispute équivaut à une escalade de la non-violence.
Mais l'assassinat de Gandhi n'a pas fait que libérer les vieux démons, lesquels, comme chacun peut le constater, ne font jamais trêve de sarcasmes : si la candeur de Gandhi se voulait désarmante, c'est raté. Et si son ingénuité a chassé les Britanniques de l'Inde, ils sont revenus à la charge dix ans plus tard. Dès les années 60 en effet, le mouvement hippy, peace and love et tutti quanti, a vu la génération des babacools transbahutée par charters entiers à destination de Katmandou, ville népalaise où quand on n'y allait pas encore pour s'y adonner à la mode du trecking, on s'y sentait hindou dans l'âme, et d'autant plus bouddhiste qu'en pleine coïncidence avec la guerre du Vietnam, la jeunesse occidentale avait les cheveux longs en guise de riposte à la coupe militaire. En guise de riposte pacifique, le mouvement hippy conférait de la sorte à l'oeuvre de Gandhi survivance, parce qu'il faut bien survivre en dépit des déviances. Et ces déviances, parlons-en.
C'était au temps où la jeunesse occidentale rêvait, et réalisait le rêve de la vie pépère en communauté, sans patron sur le dos, sorte de retour aux sources d'une vie simple et naturelle. C'est d'ailleurs comme ça, par charters entiers, que l'idéal prôné par Gandhi connut son envolée mondiale, peace and love et Jésus Christ Superstar dans le collimateur des paradis artificiels, allusion faite aux émules de Baudelaire qui ne s'inspiraient pas que des bols d'air.
La libération sexuelle datant de ces années-là était censée rendre les hommes et les femmes meilleurs, plus libres, donc plus responsables. Hélas, échec et mat, les sixties sont loin désormais, et les anciens babacools ont remisé leur idéal de pureté magique. La libération par la drogue et par le sexe a connu ses limites, et je peine à croire que les générations blasées d'aujourd'hui, générations revenues de tout, je peine à croire qu'elles acceptent de tendre l'autre joue quand elles viennent de se faire baffer l'autre. L'expérience de la non-violence a démontré ses limites, et les jeunes à présent se rasent le crâne comme des bouddhistes, simple coïncidence.
Certes la quête de spiritualité a encore de beaux jours devant elle. Elle peut même rapporter bonbon, tant il est vrai que la grisaille économique de la mondialisation laisse les coeurs sur leur faim. Faut dire qu'on leur fait bouffer de la vache enragée, c'est fou. Y compris dans le domaine de la spiritualité, l'impérialisme à la sauce ketchup présente une saveur inédite. Chaque leader politique a la foi, la sienne, inébranlable, tout bonnement parce que depuis que l'homme existe, celui-ci s'est toujours battu autant qu'il a les yeux plus grands que le ventre. Mais rien n'y fait, toutes les couronnes, et tous les sceptres, tous les élus sortis de l'urne et qui y sont retournés, nous laissent sur notre faim.
Un Roi viendra pourtant, prophétisait Esaï quelque part dans l'Ancien Testament. Un Roi est venu, est-il écrit dans le Nouveau (Testament). N'est-ce pas ainsi que l'Histoire se répète, quand les uns parlent au passé de ce que les autres attendent ? Ce problème est aussi épineux que la couronne en question... Et à voir à quel type de Roi je fais allusion, je change forcément d'époque, peut-être même pour changer d'histoire.
Car ce fameux roi, contesté et contestataire, ce roi n'était-il pas au moins roi du langage imagé, un peu comme quand il préconisait de tendre une joue après l'autre, chaque chose en son temps, faut pas confondre vitesse et précipitation ? En ce temps-là Israël est entièrement sous occupation romaine. Les Docteurs font ce qu'ils ont de mieux à faire, ils discutent entre eux, et étant donné qu'ils sont les Docteurs de la Loi, ils discutent de la Loi, à laquelle un hurluberlu nommé Jésus prétend se soumettre plus intelligemment qu'eux. Déjà quand il était petit, les évangiles orthodoxes nous racontent que ce Jésus n'était pas si doux qu'on voudrait bien le penser dans les parages du Vatican. Un tantinet réformiste, le garnement était déjà le cauchemar de ses instituteurs. Et lorsqu'un camarade de classe le contrariait, ce Jésus n'était pas du genre à tendre la joue. Bref ses miracles de jeunesse furent autant de farces fatales à leurs destinataires. Et puis l'enfant a grandi, et les miracles de la maturité... Montesquieu lève toi, et marche dans mes pas. Vas et suis-moi, suivant l'esprit de la Loi qui dépasse la lettre. Quand il est dit qu'il faut tendre l'autre joue, en vérité Il nous la dit, mais il nous l'a dit dans le contexte de la Rome Antique, pas des plus romantiques. Une Rome, au contraire, qui était déclinante, et qui affranchissait ses esclaves à la chaîne. Hors il se pourrait bien que dans le cadre de cet affranchissement massif, l'abolition de l'esclavage n'ait été faite qu'à moitié, travail bâclé auquel Jésus fit référence puisque lors des cérémonies qui officialisaient la liberté rendue à l'esclave, le patricien, c'est à dire l'aristocrate romain, giflait symboliquement l'esclave, et cette claque avait valeur libératoire. Hélas, comme il a été dit plus haut, l'Empire Romain de cette époque avait largement entamé son déclin, et c'est dans ce contexte d'une décadence ostentatoire que l'esclave rendu à la liberté pouvait en abuser, notamment en rejoignant son ancien maître dans des orgies à la romaine, un peu comme on dit aujourd'hui que le client est roi...
Car comme on le sait de source sûre, à l'époque du Christ, l'Empire Romain avait entamé sa phase décadente avec un enthousiasme sans retenue. L'affranchissement sans discernement aucun battait son plein, et une sorte d'hommes indignes d'être déjà libres se mit à colporter la rumeur très matérialiste de la liberté, de leur prétendue liberté. Quoiqu'à parler de liberté, mieux vaudrait en concevoir un idéal d'indépendance et de maîtrise de soi bien rôdée. Raison pour laquelle le Christ a probablement remarqué que, si lors de la cérémonie qui officialisait l'autonomie rendue à l'esclave, une petite claque suffisait à tenir lieu de rituel en rapport à des entraves matérielles, une seconde claque, autrement plus symbolique celle-là, pourrait fort bien, quant à elle, officialiser la fin d'une trop grande dépendance à des futilités, à des a priori, à des préjugés, à toutes ses drogues qui limitent le champs de vision de l'esprit.
Alors ne vous laissez pas faire, ne vous laissez pas hypnotiser par les perfidies de ce bas monde. Et si un maître vous frappe sur la joue, fort bien, soyez alors les bienvenus en démocratie, mais il faut tendre l'autre joue pour s'affranchir jusqu'au bout, pour qu'au delà de l'esclavage des chaînes, l'esclavage de cerveau soit à son tour aboli.