Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
S'il suffisait de siffler en travaillant, comme les sept nains de la comptine, la démocratie s'appellerait Blanche Neige. Mais quel nom donner à un système économique désireux de nous faire avaler, sinon des couleuvres, du moins le poison d'une pomme démagogiquement ensorcelée ? "Travailler plus pour gagner plus", cette perspective serait alléchante, certes, si elle n'était pas uniquement provisoire. Seulement voilà, derrière la promesse d'un salaire plus substantiel, se cache immanquablement la hausse des prix consécutive. Autrement dit le coût du travail et le coût de la vie vont de paire, ils sont indéfectiblement la cause et la conséquence d'un cycle, et ce qui augmente réellement au bout du compte, c'est la vitesse d'une course poursuite sans changer de manège, entre la hausse des salaires et la hausse des prix. Si tel n'était pas le cas, les nantis, les riches, les possédants, verraient assurément d'un mauvais oeil leur capital ne pas augmenter, tandis que la production industrielle s'emballerait. Cette production, en constante augmentation, nécessiterait pourtant de faire fonctionner à plein temps la planche à billets, ne serait-ce que pour mettre en circulation une masse monétaire suffisante afin de rendre loisible l'achat et la consommation du surcroît de production. Seulement voilà, plus il y a d'argent mis en circulation, et plus il perd de sa valeur, comme tout ce qui n’est pas assez rare, et plus on en gagne, soit en travaillant de plus en plus pour les uns, soit en décrochant le pompon pour les autres, avec le tour de manège de plus en plus cher pour les premiers, et le prochain gratis pour les heureux détenteurs du pompon, chacun aimant ce prochain comme lui même, il va de soi que dans ce cas de figure, même s'il suffisait de siffler en travaillant, c'est pas souvent les nains qui auraient des chances d'attraper la houppe de laine tant convoitée
Le travail à proprement parler ne nous gratifie d'aucun plaisir. Il nous procure uniquement les effets de la nécessité. Par définition, le travail est ce que nous accomplissons dans l'ennui, ce qui nous amuse étant par ailleurs, sinon un jeu d'enfant, du moins une passion d'adulte privilégié. Le travail est ce qu'on accomplit en se faisant ch... royalement. En tout cas c'est vrai, et sans contestation possible, lorsque l'ennui s'aliène aux travaux les plus inintéressants, des travaux qui devraient être en conséquence considérés comme étant les plus méritoires, et d'autant mieux rétribuables que les autres. Hélas, c'est souvent l'inverse qui arrive. Il est donc utile de rappeler que la notion de mérite, liée à l'exécution d'une tâche, décroît à mesure que cette besogne est motivée par plus de passion que de nécessité.
Mais le narcotique contenu dans la pomme nous plonge dans le culte onirique du travail ... Bien fait ! Entendez par là le ricanement de la sorcière. Et oyez ses sarcasmes. Son grand âge déguise les pulsions infantiles d'une reine de beauté. Et son vrai visage est celui de la démocratie bernée par ses démons.
Si Jean-Jacques Rousseau, le philosophe, avait eu à dessein de réanimer Blanche Neige, il l'eut aimée de cet amour platonique qui lui fit dire de la démocratie : ce serait le meilleur des types de gouvernements... si nous étions des dieux. Autrement dit, et comme pour déplorer que la démocratie soit une reine de beauté vieille comme le monde, il faudrait, pour accéder à ce mode de gouvernement idéal, il faudrait que les hommes soient assez grands par leur mérite pour dominer leurs envies.
Hélas, le mérite n'est pas l'or, et l'envie étalonne la conversion des valeurs. Cent fois sur cent hélas, le taux de change entre le travail et la passion avantage la passion. Et selon l'usage d'une spéculation trop en vogue, la rétribution d'un travailleur se fait volontiers en éludant le fait qu'il ne pourra jamais fournir un effort aussi constant qu'un individu transporté par l'euphorie de sa passion. Si bien qu'au bout du conte, la hausse infatigable des revenus dégagés par une passion n'en finit pas de l'ériger en concurrente déloyale du monde du travail.