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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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11 septembre

Extrait de CONTRE TOUS LES EMPIRES, le texte qui suit a tout juste six ans. Je l'ai écrit deux jours après les évènements du onze septembre 2001. Pourtant, quarante huit heures n'avaient pas suffi à en revenir. Toujours sous le choc, mon envie d'écrire n'était pas franchement prépondérante. Mais pour que les conséquences stratégiques de cet attentat ne relèguent pas l'émotion première dans les archives trop poussiéreuses de la pensée humaniste, désolé qu'il n'y ait pas que de bons anniversaires.

"Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Ainsi, à quelques jours de l'automne 2001, le mardi onze septembre fait basculer le monde dans l'horreur et la consternation.

Ce jour sombre, opacifié par l'épaisse fumée d'un attentat dont la parfaite réussite défie toute autre forme de cynisme, ce jour obscure a vu s'écrouler le symbolique édifice de la domination américaine sur l'économie mondiale. Les deux tours du Word Trade Center se sont effondrées comme des châteaux de cartes, victimes bondées d'âmes et foudroyées par deux avions kamikazes. L'ennemi, surgissant de nulle part mais pas n'importe où, ce terrorisme qui s'attaque aux centres névralgiques de la société occidentale, veut provoquer la guerre sans la déclarer.

Comparées à celle de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, les images du Word Trade Center percuté par le fanatisme religieux repassent en boucle, associées au spectacle d'un Pentagone touché par un attentat similaire.

Des agissements aussi tragiquement déterminés mettent en perspective le souvenir de la guerre froide. On ne prend pas les même mais on recommence. Et la mémoire semble soudainement dérisoire, impuissante en regard d'une actualité qui s'acharne à la nier.

La mémoire est feue, sans mauvais jeu de mots, mais en hommage aux pompiers qui ont perdu la vie dans les étages incendiés de deux tours authentiquement jumelles, authentiquement infernales. Cette mémoire, il faut sans cesse la reconstruire, la ré instruire ou la rééduquer, et avant tout discerner dans ses décombres les pulsations précaires de la survie.

Le Word Trade Center doit reconquérir son espace aérien, mais c'est encore plus haut que la mémoire doit reprendre son envol. S'il y a donc lieu de déplorer les milliers de morts et les milliers de deuils causés par cette tragédie, il importe aussi de se souvenir qu'en amont de toute vengeance, la mémoire et passagère, passagère mais également otage de ses illusions. Et l'illusion de ne penser qu'aux victimes américaines consisterait à occulter le massacre moins spectaculaire de milliers d'Irakiens, lesquels sont soumis au même instant à un embargo infamant, affamant et qui confère prévalence aux enjeux financiers.

Nous Occidentaux, satellites de l'Amérique toute puissante, et solidaires de sa douleur, avons le devoir de rebondir et de saisir au vol l'arme à double tranchant de l'autocritique.

Deux mondes s'opposent qui ne sont pas le Bien et le Mal. A ce sujet le monde de l'Islam modéré n'a pas tort de refuser l'asphyxie de son idéal. En face de lui, l'Occident et l'arrogance de ses méthodes néocolonialistes. Entre ces deux-là qui s'entendent comme chien et chat, un même appât, une même illusion, le courage, ce courage dont tout homme normalement constitué veut bien faire preuve. Sauf que si ce courage est à l'évidence une vertu, le voilà pris dans l'étau de deux cultures qui s'opposent, et qui ne lui opposent pas les mêmes valeurs.

Par exemple, ce que le monde occidental oppose essentiellement au courage, c'est la paresse. Hélas, ce stéréotype génère une hyperactivité industrielle souvent dangereuse, et qui n'est pas innocente dans la rupture des cycles écologiques. Hors ce péril de la pollution industrielle pèse autant sur l'humanité, elle la menace autant qu'une culture, en l'occurrence musulmane, dont les déviances opposent systématiquement au courage, non pas la paresse, mais la lâcheté.

L'Occident croit au travail acharné, souvent au détriment de la dimension spirituelle de ce que doit être l'effort humain.

Quant à lui, le fanatisme religieux, il ne veut pas douter des délices paradisiaques du repos éternel, afin de ne pas céder au découragement qui l'en détournerait.

Pourtant, ces deux vertus satellites du courage, la paresse et la lâcheté, ne peuvent ni l'une ni l'autre être plongées dans l'oubli. Elles interviennent comme les deux forces qui tempèrent le courage.

Et comprendre les raisons salutaires de la lâcheté, et comprendre les raisons tout aussi vitales de la paresse, comme une prise de conscience achevant son périple dans les labyrinthes émancipateurs de la psychanalyse. Car ce n'est pas par la négation des valeurs de l'autre camp, que les mécanismes tragiques de l'oubli seront vaincus."

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