Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Par jean-louis
Il ne faudrait quand même pas que l'Histoire de l'Humanité, mouillée dans toute sa splendeur, le soit ni plus ni moins que jusqu'aux os. Et si cette fameuse Histoire se réduisait à changer l'eau de vie en eau de la mort, l'homme ne serait plus un loup pour l'homme, mais trempé jusqu'aux arêtes, il deviendrait un piranha pour ses semblables, petit poisson qui mord et sème la terreur dans les rangs des hameçons, et des âmes soeurs. Petit poisson carnassier qui n'en est pas à son banc d'essai, pour déchiqueter en quelques secondes un gros bovin qui se baignait innocemment, un bon bovin assurément trop pesant pour se pendre à l'esse d'un hameçon, et derechef dépecé dans le bouillonnement d'une eau froide. Il y aurait là de quoi faire pâlir d'envie un boucher dans sa boucherie, et mettre la puce à l'oreille des bouchés à l'émeri.
Par définition, le piranha a toujours l'eau à la bouche, mais il n'est pas cannibale, quoi que... La sécheresse, qui justement venait de pousser à l'eau le pauvre bovin, fait dangereusement baisser le niveau de la rivière. Jusqu'à ce que ce phénomène insidieux de l'évaporation coupe du reste du réseau un bras de ce cours d'eau. Les piranhas s'y trouvent alors piégés, prisonniers de l'évaporation qui continue son lent travail de sape. Et le soleil à son zénith ne va pas leur faire de cadeau, au contraire. En bombardant de ses rayons bouillants un modeste bras de rivière en passe de s'assécher, le soleil en rétrécit la surface aux dimensions d'un résidu d'étiage. C'est alors, sous ce plafond liquide qui menace de l'écraser, que le banc carnassier victime de ses mécanismes surchauffés implose, sans crier gare. Il y suffit qu'un piranha, agacé par trop de promiscuité, en vienne à mordre l'un de ses congénères, pour qu'aussitôt le réflexe à la douleur se généralise. Aussitôt le banc de piranhas n'est plus qu'une morsure en chaîne, un ogre à lui tout seul, dévorant son enfance.
Mais dans la mesure ou l'espace vital y rétrécit aux ravages, cette parabole en eaux troubles peut sembler quelque peu réductrice. Bien qu'elle le soit à tout point de vue.
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