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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Qu'importe le flacon

  Arrivé au bar par une nuit sans tune, et la lucidité entamée par les verres qui avaient vidé mon porte monnaie, ça m'a pris tout d'un coup ; l'idée assez intéressée de vivre dans un monde duquel l'argent serait banni. Comme je n'en avais plus sur moi, le désir d'entrer en équation avec aucun frais étayait ma vision. A tout jamais plus un kopeck en circulation, adieu les dollars et les euros des autres, et fini la spéculation à crédit qu'il m'apparut crucial de stigmatiser, mais pas trop, dans la mesure où les spéculateurs obsédés par les cotations boursières ont pris la mauvaise habitude d'emprunter hier les actions qu'ils rembourseront demain. En clair, bien que la lucidité entamée, j'apercevais alors la solution du mimétisme économique. Je dirais même plus, j'entrais à distance en communion avec le spéculateur, mon acolyte, l'autre pilier du comptoir, mon grand frère habitué des ardoises, car à dire vrai le patron de ce bar encore ouvert à cette heure accoutumait de me voir arriver aussi tard, et le fait de m'avancer un verre où deux était entré dans nos moeurs. Mais bien que pas un rond en pochetron auquel je m'identifiais, je n'étais pas le seul à culpabiliser, et à me dire demain j'arrête.

Il n'y avait pas que moi au bord du zinc en effet. Et ça discutait fort. Le bar est un lieu dont l'image sonore reflète les conversations tamisées des anciennes veillées, quand la télévision n'était pas encore entrée dans les foyers, et que la radio n'en était qu'à ses premières et timides incursions. Mais dans les bars on ne prête pas qu'aux riches. Et ce soir là, les copains en présence me payèrent volontiers un autre verre. A charge de revanche comme on dit, quoi que je ne sois pas rancunier. Et comme je n'ai pas le vin triste je n'eus aucune peine, vraiment aucune, à être aussi rond que j'en étais dépourvu. C'est donc entre l'être et l'avoir que j'optais résolument pour le débit, gros débit je l'admets, mais plus limité que celui d'un gros actionnaire qui prend tout le temps nécessaire pour rembourser l'emprunt de ses titres boursiers, grâce au bénéfice qu'il en a dégagé sans aucun investissement.

D'un pilier de comptoir à l'autre, le mimétisme économique m'apparut alors suffisamment criant pour que j'en écrive le silence en train de se payer notre tête. En fait, me disais-je, le spéculateur vit comme moi, à crédit et en fonction de nos moyens de communication virtuels. Et que je sorte d'un bar avec pour toute maison une ardoise sur le dos, ou que mon frère spécule sur toutes celles qu'il a accumulées pour se constituer une toiture des plus solides, la couverture sociale se révèle être de l'ordre de l'imaginaire. Le pire c'est que ça marche ! Pas toujours très droit, il est vrai, en titubant par endroits, quand il y a du vent dans les voiles, et que le troittoir fait des vagues.                                                                                             

                                                                                                                                                                   
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