Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Mesdames et Messieurs les députés et les ministres, aujourd'hui 26 septembre 2008, ma question aura pour préambule la description de l'organigramme qui mène jusqu'à vous, à commencer par en établir les bases les plus récentes. Car si hiérarchie respectable il y a, les premiers niveaux qui l'articulent tendent une oreille attentive vers la pertinence des propos que vous tenez dans cette assemblée. En premier lieu, je pourrais alors évoquer tous les médias traditionnels, notamment la presse écrite, fondatrice d'un contre-pouvoir salutaire. Mais bien qu'en tant que profession, le journalisme participe du débat politique, les quotidiens et les périodiques connaissent désormais dans la blogosphère un précédent de taille, et qui les incite à toujours plus de virulence. Dorénavant, c'est donc le blogueur basique qui initialise la liberté d'expression, dont le journalisme serait mal informé , s'il n'apprenait à s'en servir comme d'un levier légitime. A coup sûr, les médias traditionnels auront tout à gagner, s'ils savent trouver dans la blogosphère les moyens d'un nivellement par le haut de leur remise en cause. Car jamais plus, les métiers de l'information ne seront à la base, ni à la source de la contestation, encore qu'ils représentent le précieux relais des internautes, via ce qu'il vous reste à faire, Mesdames et Messieurs les députés et ministres, vous adapter, vous adapter à cette nouvelle donne du débat démocratique.
C'est d'ailleurs ce qu'a bien su faire hier notre président de la République au Zénith. Sur la Côte d'Azur mais jamais en vacances, qu'hommage lui soit alors rendu pour ce qu'il fait le mieux, s'adapter sans langue de bois au discours que lui dicte une conscience collective.
Comme vous le savez déjà, les propos tenus hier par Monsieur Sarkozy se résumèrent, d'une part à condamner le capitalisme financier, cause de la faillite des banques américaines, et d'autre part à louer les services du capitalisme entreprenarial. Il s'agit donc, pour le chef de l'État, de maintenir le dernier cap encore possible à entrevoir, en poursuivant des réformes toujours aussi lointaines que l'horizon. Rien ne change en effet sinon la forme des vagues, et le raz de marée d'une récession annoncée semble toujours permettre de surfer sur ce fameux capitalisme, dont on ne sait plus très bien au juste, s'il est néolibéral ou vieillot libéral d'y croire. Reste que depuis le temps que ça dure, les privatisations préconisées à l'emporte-pièce mettent en perspective des suppressions d'emplois massives, indifféremment dans le secteur privé et dans la fonction publique. Rappelons alors que seront jetés pêle-mêle dans ce maelström de l'épuration économique, trente milles fonctionnaires, deux milles employés de chez Renault, quant à la concurrence elle n'a pas dit son dernier mot. Mais le plus réjouissant dans tout cela, c'est qu'à ce grand lessivage de printemps correspondront toujours plus de dividendes pour les gros actionnaires, et toujours moins d'impôts pour ces renards des grandes places boursières.
Mais que les spéculateurs soit ou non des chapardeurs, on se plairait à leurs conseiller de ne pas voler la poule aux oeufs d'or, si la menace de la récession ne leur était d'ores et déjà imputable.
Alors Mesdames et Messieurs les ministres, ma question sera à la hauteur de la menace récessionniste. Comment pouvez-vous songer à rétrocéder la gestion de la misère à ceux qui en sont la cause ? Et quelques exemples pourraient-ils suffire à éveiller votre suspicion, du moins votre méfiance ? Pourtant ces mauvais exemples ne manquent pas, tant les multinationales auxquelles vous escomptez sceller notre destin n'en finissent pas de démanteler l'économie mondiale. A l'échelle du globe en effet, et loin de nos frontières hexagonales, le capitalisme "entreprenarial" et le capitalisme "financier" se serrent la main dans le dos, et ils se la serrent d'autant plus fort que les deux font la paire, pour pressurer la masse salariale et spéculer sur son patrimoine.
En 1999, à Cochabamba, en Bolivie, la privatisation de la compagnie des eaux s'ensuivit d'un drame. Je vous rassure tout de suite, les gros actionnaires ne sont pas morts de soif. Et au prétexte qu'une société privée n'a pas mission caritative, mais vocation très lucrative, le précieux liquide, initialement patrimoine de tous les habitants, s'est vu monnayé au prix de la vie des plus résistants.
En Grande Bretagne, la privatisation des chemins de fer. Résultat ? des accidents ferroviaires impensables. Parce que l'entretien des voies n'incombait plus à l'État, mais à des entreprises plus soucieuses des exigences de leurs actionnaires que de la sécurité des voyageurs. Et même si depuis, l'État a fait machine arrière, il entretient les voies aux frais du contribuable, sans que les trains aillent plus vite pour autant. J'ai ouï dire de source sûre qu'il arrive souvent à un train dit "rapide" de poireauter derrière un omnibus, sous prétexte que différentes compagnies ferroviaires ont le droit de se faire concurrence sur la même voie !
Afrique du Sud, pour en finir. Privatisation, là encore, et cette fois-ci de l'énergie. Au cas où vous ne seriez pas au courant, je vous informe que dans le pays de Mandela, la hausse sensible du prix de l'électricité a étrangement coïncidé avec la privatisation de l'EDF locale. Il apparaît, si je puis dire, que dans l'obscurité des foyers les plus pauvres, les coupures d'électricité se multiplient ausi longtemps que les factures impayées, et impayables. Quelques jeunes Sud Africains de Soweto ont cependant trouvé la parade, rétablissant clandestinement le courant là où ils le peuvent, hélas le présent n'est plus le temps que conjuguera un mort...
Là où il le pouvait, Bongani lui aussi rétablissait le courant en trafiquant quelques compteurs. Et ce jeune homme gênant pour une oligarchie inqualifiable, d'autres l'ont reconnu pour preuve d'une résistance pacifiste et d'un développement durable. Ils l'ont élu au conseil municipal, à 34 ans.
Mais c'est parce qu'il a été retrouvé mort peu de temps aprés, que Mesdames et Messieurs les ministres, je m'interroge : Bongani est-il mort électrocuté ?