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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Paradoxe originel

Amis de cet arbre de la connaissance, ou faux amis de cet aimant dont les ramifications sont les maîtresses du vide, le tourisme intérieur, que je vous suggère, est cette agence de voyage qui vous invite à autant d'hospitalité que faire se peut. Habitants de cet arbre de la connaissance, soyez aussi accueillants que les sciences le sont entre elles. Aimez vous les uns les autres, l'expérience en vaut la peine.

Amis conviés à ce banquet, votre périple sera copieux. Un simple aller sans retour, mais où tout se rejoint. Seul petit bémol pour venir modérer votre enthousiasme glouton, le temps, le temps qui vous manquera forcément pour digérer dans sa globalité cet itinéraire gargantuesque.

Je vous dirai alors qu'on a l'âge de ses comparaisons : comparer l'arbre et le néant, par exemple. Ou comparer l'élément et l'ensemble, par ailleurs, comme quand on parle d'un tout dont on ne mentionne qu'une seule partie : dans le jargon maritime, dire qu'une voile apparaît à l'horizon implique la certitude qu'elle n'est pas venue là toute seule. Et dans le même ordre d'idée, que penser de l'inconvénient d'avoir croqué dans le fruit défendu, quand le péché absolu aurait consisté à consommer le pommier tout entier ?

Mais au même titre que le fruit fendu ne serait qu'une partie de la jolie pommière, trêve de plaisanterie et de charlatanisme. Car le temps manquera toujours à celui qui compare ses voyages, et qui les confronte au néant, face cachée du narcissisme. Même le scientifique le plus résolument jaloux, celui qui compare entre elles toutes les catégories d'un savoir encyclopédique, ne pourra en saisir que des bribes. Raison de plus pour penser, et je l'admets avec mes contemporains, que face à la connaissance qui a atteint un scandaleux degré de complexité, vouloir s'en représenter la globalité à titre individuel peut sembler bien vaniteux, autant que le pantagruélique espoir de réunir toutes les recettes de France et de Navarre sous une seule toque. Et piètre cuisinier que je suis, je n'irai donc pas prétendre à la totalité du savoir, bien que l'essentiel ne veuille m'échapper.

Je conçois d'ailleurs volontiers que ce n'est pas ma faute si je ne me plais dans le rôle d'aucun rôle. Quant aux spécialistes, de tout bord, dont les qualifications leurs donnent pignon sur rue, ce n'est pas leur faute non plus. Et puisque malgré tout ça, il faut bel et bien un coupable, alors soit, je me dévoue pour la dénoncer, car ce n'est pas lui, mais elle, ce n'est pas un, mais une coupable. Oui, définitivement oui, c'est elle, ma vocation, qui m'interdit d'en avoir une. Coupable en effet, comme on disait autrefois, "il est interdit d'interdire", ou bien encore "ce que j'aime, c'est l'amour".

Mon rôle dans tout ceci ? Je répondrais volontiers tel ou tel, mais pas trop longtemps. Je n'ai pas choisi de choisir, j'ai choisi de ne pas choisir. Je me pose ou perchoir il y a. Je butine, je lutine, je me joins à l'élégance d'une rime, un génie passe et je "suspends mon vol"... Les hommes meurent ? Qu'à cela ne tienne ! Les hommes continuent de régner sur la science qui en découle. Ainsi je saute de l'épaule d'Héraclite ou de Schopenhauer sur celle de Lacan ou de Michel Serres. Et avoir Serres pour perchoir, seuls les francophiles apprécieront.

 

 

 

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