Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Octobre 2008. Mesdames et Messieurs les députés et ministres, ma question sera brève, et je tâcherai ensuite d'y apporter quelques éléments de réponse : Ironie de l'Histoire, ou pur cynisme géopolitique ?
En pleine crise financière, les gouvernements des États, qui aujourd'hui nationalisent les banques à tour de bras, sont d'obédience libérale. Ironie de l'Histoire ! Dans toute l'Europe, c'est ainsi le retour au chacun pour soi, au système "D" de déficit et de l'Etat-providence, ceci pour tenter de compenser les bourdes du piètre monde de la finance. Y compris en France, où le système bancaire est réputé mieux structuré qu'outre-Atlantique, l'État va soudoyer, renflouer, et pratiquer un protectionnisme bancal, étant entendu que sur fond de dérégulation à échelle mondiale, croire en la solution de la solidarité nationale manque insidieusement de cohérence.
Car la crise actuelle n'a pas pour cause unique ce dont tout le monde parle. Et même si les risques de récession durable sont, à l'évidence, directement liés à la persévérance des boursicoteurs, lesquels sont enfin montrés du doigt après des décennies de laxisme, s'il faut montrer du doigt toutes les entités responsables du marasme économique présent, enlevez vos moufles, Mesdames et Messieurs les dirigeants. Même si vous avez raison de penser que cette crise inédite a, pour cause essentielle, les agissements d'une meute de financiers très hostiles aux principes de l'économie réelle. Il faut aller plus loin que ce rabâchage entendu et revendu dans tous les médias. Et il faut également comprendre que, se contenter de toujours montrer du même doigt les places boursières à l'exclusion du reste du problème, cela ne suffira pas à mettre à l'index toutes les nuisances d'une mondialisation trop brutale, et tellement favorable à un capitalisme peu vertueux.
Hormis la Bourse, qu'y a-t-il donc ? Hormis tout cet argent purement virtuel qui a cessé de buller à Wall Street et ailleurs, qu'y a t'il d'autre, sinon l'argent vrai, l'argent frais du capitalisme... "d'entrepreneurs" comme vous dites, en cautionnant cependant la fuite en avant de cet argent frais vers des paradis fiscaux qui se sont mis à pulluler. Sans parler de la menace des délocalisations que permet une économie mondiale dépourvue de régulateur authentique, et de plus en plus déconcertante pour ceux qui la subissent aux quatre coins du globe.
Notre monde est désormais multipolaire, et s'il faut mettre les doigts partout où ça fait mal, après la Bourse, après les paradis fiscaux, après les délocalisations dues à la concurrence déloyale, après que la Chine se soit éveillée, car le monde du travail s'éveille en Chine, et se révolte sans qu'on le sache en temps réel, au point que les gros industriels qui se sont récemment implantés dans la nation de Confucius songent à nouveau à délocaliser, cette fois à destination de l'Inde où le peuple a encore trop faim pour résister au chantage et à la spéculation que les grands patrons opèrent sur son dos.
Convenez ici que même si je dresse un bilan lamentable de la mondialisation, vous ne pouvez prétendre que je me trompe sans invalider vos propres arguments. N'est-ce pas vous en effet, Mesdames et Messieurs les ministres, qui invoquez le bien-fondé d'un bouclier fiscal pour éviter la fuite des capitaux et des industriels ?
Mais lorsque le monde entier s'éveillera, Mesdames et Messieurs les dirigeants, Mesdames et Messieurs les députés des nations et des continents, le jour des vraies réformes sera enfin venu, à commencer par l'éradication des paradis fiscaux, puis aussi, en substance, faisant en sorte que l'obligation de travailler corresponde à un droit universel, à compétence égale salaire égal entre hommes et femmes, entre européens et indiens.
D'ici là, me direz-vous, beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts. Mais ce qu'il faut d'ores et déjà évoquer, c'est cet avenir nécessaire à tous, c'est la mise au rebut souhaitable de cette doctrine géopolitique qui autorise les spéculateurs à inventer de nouvelles formes de chantage.
Il faudra bien un jour que le spéculateur n'ait plus aucun endroit où aller, sans revenir systématiquement à son point de départ : l'économie réelle.