Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Aujourd'hui, je vais m'écrire. Pas pour me raconter ma vie, mais pour me rappeler longtemps de l'artifice qui en aura contrarié la part d'investissement médiatique. Pour sûr, je ne suis pas près d'oublier l'évènement peu démocratique, que certains ont pourtant cru bon de baptiser États Généraux de la presse. Nicolas Sarkozy participait évidemment à ce huis clos ; il est partout, alors pourquoi pas là. Président omniprésent et représentant d'une Europe multicarte, Monsieur Sarkozy confond volontiers affaires publiques et affaires de publicité.
Mais comme l'écrit Edwy Playel sur son site médiapart, ces États Généraux de la presse ont trop pris la tournure d'un huis clos. Peu de journalistes étaient présents, et encore moins de blogueurs dont l'activisme numérique gêne cordialement un président plus habitué à empiéter sur les plates-bandes des autres que le contraire. Sa campagne électorale nous avait habitué à le voir ratisser large, voilà que ça continue. Après avoir repris les thèmes de l'extrême droite pour gagner de précieuses voix au grand jour du scrutin universel, après avoir cru voir à gauche ce que des éléphants roses seraient à une hallucination, le président des français que la crise n'appauvrit pas tous poursuit sa quête du rassemblement inconditionnel, sous l'emprise d'un inquiétant régime présidentiel.
Le huis clos auquel se sont résumés les États Généraux de la presse a en effet de quoi nous inquiéter tous. Et ce n'est pas défaut d'en avoir alarmé la CNIL, Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés... Reste que les possibilités de nous exprimer librement sur la "toile" risque d'en prendre un sérieux coup. Tout simplement parce que le pouvoir actuellement en place en France écrit une histoire de grande famille, l'histoire d'une dynastie voire d'une oligarchie tellement jalouse de ses prérogatives, que la moindre critique à son encontre relève à ses yeux de la diffamation.
Il n'est pourtant pas nécessaire de diffamer qui que ce soit, pour réécrire l'Histoire telle que la chronologie des faits la rétablit en vérité. La crise économique en apporte d'ailleurs une opportunité de premier choix. Tant il est vrai que Monsieur Sarkozy a suffisamment le sens historique pour avoir senti le vent de la politique tourner avant ses homologues. Et dès lors que notre président a l'ambition légitime de rentrer dans l'histoire par la grande porte, il dénonce à juste titre la spéculation et ses effets de bât qui blesse, sur le dos de l'économie réelle. Monsieur Sarkozy fait ainsi du neuf avec du vieux. Grâce à lui, la déraison des places boursières n'est plus tabou. Les langues se délient et le ras-le-bol se généralise par le biais d'une dialectique que Karl Marx n'aurait pas reniée. La seule chose qu'il faille déplorer dans la soi-disant soudaineté de cette prise de conscience, c'est qu'une fois encore, grâce à Monsieur Nicolas Sarkozy, Monsieur Nicolas Sarkozy sait conserver une longueur d'avance sur le long champs de la communication. En effet, sans jamais citer les sources marxistes auxquelles la crise financière le contraint de se référer, Monsieur Sarkozy ne fait que convenir du bien fondé d'un livre écrit il y a bientôt deux siècles, le Capital, livre qui anticipait sur les catastrophes inéluctables liés à un ultralibéralisme véreux. Mais ce sujet de la spéculation était à ce point tabou jusqu'à cette année 2008, qu'il est encore possible d'en abattre le totem à titre de précurseur, comme si un résistant de la dernière heure avait la bonne occasion de se faire passer pour un résistant de la première. Ce procédé revient hélas, comme on dit, à voler la vedette. Voler la vedette à Karl Marx, en l'occurrence, parce que les premiers à dire la vérité seront les derniers, lesquels doivent être exécutés.
Bref, aujourd'hui je me suis écrit tout ça, référence faite aux États Généraux de la presse, dont les conséquences pour la blogosphère seront de nature liberticide. En effet, la stratégie de communication du gouvernement en place, ratissant large, très large, consiste à phagocyter les arguments de l'opposition, en la prenant de court comme l'exemple du marxisme remis au goût du jour le prouve. Sauf qu'un discours marxiste traduit dans la langue d'un président libéral, ça peut faire drôle. Et je vais continuer de me l'écrire, même si le huis clos des États Généraux de la presse aura coïncidé avec la baisse abrupte des statistiques de mon blog. De plusieurs centaines de visiteurs mensuels, je suis passé à quasiment zéro en octobre. Bizarre autant qu'étrange, cette chute dans les oubliettes des moteurs de recherche. Octobre 2008 sera-t-il un mois fatidique pour la presse numérique, mois de l'envol des discours et des écrits qui restent sur place ?
Mais c'est pas parce qu'un blog est viré des moteurs de recherche par un coup de baguette magique, qu'il faut le laisser à l'abandon. Alors je compte bien continuer de me l'écrire, quitte à être censuré, quitte à être volé.