Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
A propos de lutte contre le piratage sur Internet, et du débat en assemblée qu’elle suscite, il est difficile de proposer des solutions équitables sans heurter les sensibilités diverses. Contenter tous les partis prenants est une gageure. Tout le monde n’y trouve pas son compte, le bonheur des uns fait le malheur des autres, chacun tire la couverture à soi, ce qui est pris n’est plus à prendre (par les autres), des expressions toutes faites comme celles-ci, sensées dénoncer la résignation intellectuelle de la doctrine libérale, débinent également tous les intervenants de monde virtuel qu’est devenu le Web. Que ce soit les fournisseurs d’accès mis en concurrence, ou les moteurs de recherche d’autant plus fouisseurs qu’ils pullulent, ou bien les usagers dont le délit serait donc de télécharger sans vergogne, ils sont tous croquants et revendiquent leur part du butin. Internet est devenu Untel Pentium, et rien n’échappe à son chaos.
Pour s’en sortir indemne, la solution ne se trouve pourtant pas dans les mesures coercitives. Or, ce que propose Madame le ministre chargé du dossier me le semble. Liberticide à souhait, ses propos tenus dernièrement contiennent les termes péremptoires du sectarisme, et quelques autres a priori. Et quand ce ministre apparemment à bout d’arguments face à ceux de l’opposition, répond que pour régler le problème du piratage, il faut avant toute chose rappeler que le libre accès à Internet n’est pas un droit fondamental, elle semble se débarrasser du dossier à la russe en le jetant par-dessus l’épaule, et surtout, elle entre en totale contradiction avec ce qu’a dit son président un an plus tôt, lui qui souhaitait, presque dixit, qu’Internet entre dans tous les foyers.
Mais sans trop entrer dans des considérations d’ordre technique, il importe tout de même d’aborder le phénomène du piratage sous l’angle purement informatisé de l’actualité. Les Capitaine Crochet de la semaine sont donc les pédophiles naviguant sur des sites malfamés, et heureusement hameçonnés sur dénonciation. Ca s’est passé cette semaine en effet. La police autrichienne est sur les dents. Des milliers d’internautes ont été identifiés, ayant eu accès à des milliers de photos d’enfants. Sans commentaire. Mais la preuve en est qu’il est possible, en mettant du monde au travail, en oeuvrant dans le bon sens, de faire avancer le progrès à l’encontre de ses dérives dramatiques.
Un informaticien mieux dégrossi que moi vous
le confirmerait. A partir du moment où un site est mis sous surveillance suite à dénonciation, et dans ce cas la dénonciation est un devoir citoyen, le nombre de visiteurs de ce site transparaît,
et leur identification est un jeu d’enfant. Quant aux adultes libidineux, qui se permettent de priver tant de ces gosses de leur prime jeunesse et de leur sexualité innocente, il y aurait parmi
eux, toujours selon la police autrichienne, quelques politiciens, tien tien, l’habit ne fait pas le moine, et la mise à nue périme le bon souvenir de nos grand mères. Mignons à croquer,
disaient-elles en parlant de nous quand nous étions petits. Mais les ogres sont des croquants d’un autre acabit. Ils passent à l'acte. Ils dévorent. Ce sont les araignées mortelles de la toile
dont il faut multiplier les mises à jour.
Les pédophiles débusqués nieront les faits en vain, confondus par les techniques de pointe. Le disque dur de leur ordi contient les
preuves ineffaçables de leur crime. Car un disque dur n’a pas la mémoire courte. Même une fois formaté, il retient l’essentiel, et permet techniquement de connaître qui est comment, parmi les
surfers du grand ou du petit bain.
Cette triste révélation de la semaine, s’il y a lieu d’en positiver les conséquences, nous assure en tout cas de la traçabilité de la navigation sur Internet. Tout le monde peut y être identifié par son « IP », et gare au garou garou pour en revenir à un sujet plus léger, la protection des auteurs.
Madame le ministre, à la question de suspendre la ligne Internet d’un usager contrevenant, quand vous répondez que ce n’est pas grave en précisant que le libre accès à Internet n’est pas un droit fondamental, vous prétextez que tout un chacun peut y accéder hors de chez lui, à défaut de bénéficier de ce service à domicile. Votre argumentation menace alors d’admettre, en parallèle,que nul n’a sensément le droit de remplir son réfrigérateur comme bon lui semble, il y a la soupe populaire.
Mais sérieusement parlant, le devoir citoyen fait l’unanimité, s’agissant de dénoncer la toile quand des méfaits déchirant la menace en soi. Il faut sévir auprès des internautes contrevenants, comme je l’ai admis dans le précédent texte de cette rubrique, il faut aussi sévir auprès des serveurs qui proposeraient des fichiers de films ou de musiques trop récents. Mais quand des internautes, dûment informés de leurs droits fondamentaux, échangent entre eux l’équivalent de quelques CD ou DVD, cette réciprocité de l’échange, pour ainsi dire de la main à la main, ça vous regarde en quoi ? Telle est ma question du jour.
L’échange serait-il interdit ? Et tandis que les banques auraient le droit de se prêter l’argent qu’elles n’ont pas, les cinéphiles ou les mélomanes n’auraient pas le droit de se prêter ce qu’ils ont. ? Mais si vous leur interdisez ce procédé par Internet, ils y auront recours par colis, au tarif gracieux de l’expédition en grand nombre. Et ce subterfuge aurait l’heur de relancer la Poste actuellement en perte de vitesse. Ca pourrait même créer des emplois, sachant que depuis l’avènement des messageries et autres textos satellisés, les gens s’envoient des cartes de vœux numériques, si bien que le préposé aux Postes n’est plus un homme de lettres, et que le facteur n’apporte plus que les factures.