Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
A la question du piratage sur Internet, la réponse incitant au discernement a déjà été donnée, du moins dans ce blog. Je me suis déjà exprimé au sujet du téléchargement gratuit, films, musiques et tutti quanti, habitué que je suis d’aller dans les commerces acheter tous mes films hors de prix, d’abord parce que je suis bourré de pognon, et puis aussi parce que j’ai le souci d’engraisser le système. Mais les pauvres pensez-y. Ce n’est pas parce que vous les priverez d’Internet demain, qu’il s’ensuivra de cette sanction une ruée vers les rayons de la culture. Quand on est pauvre, on est pauvre. On se rue vers les patates et les pâtes, vers les produits de première nécessité toutes taxes comprises, et cet impôt indirect ne nourrit pas l’esprit. Si alors vous décidez de mettre le septième art ou la musique hors de portée du petit peuple, vous apporterez la preuve que j’écris en vain, que j’écris en kit, que j’écris bénévolement, un peu pour montrer l’exemple qu’à titre d’auteur, je m’interdis d’être bavard, peut-être comme un Don Quichotte des temps perdus à l’assaut des moulins à paroles.
Mesdames et Messieurs députés, ministres et ministrelles, vous vous apprêtez à discuter d’une loi scélérate. Concernant le téléchargement sur Internet, vous risquez une fois encore de faire pencher le fléau de l’injustice en faveur des nantis. Alors faut-il que je me répète et que je radote, tant il serait facile de convenir que ce que j’avais écrit dernièrement, gratuitement, indiquerait avec force discernement la direction à suivre pour abréger votre débat, et passer vos nuits de dur labeur politicien à des engagements moins stériles ?
Mais quitte à repartir de zéro, et en admettant comme je l’ai déjà dit que le piratage sur Internet nuit gravement aux jeunes talents, ce problème concerne davantage les artistes et les créateurs fauchés que les autres. Quant aux célébrités, ils sont à l’égal des producteurs, pleins aux as et peut mieux faire.
Ne me dites pas en effet, qu’un artiste célèbre depuis vingt ou trente ans, payé à prix d’or depuis aussi longtemps, rencontre les même difficultés pécuniaires que tant de jeunes talents en train de faire leurs premières dents. Or ce sont eux que cette loi doit protéger. Et c’est entre eux, à l’exclusion des vieilles gloires, que la réponse se trouve, aussi virulente que cohérente.
Il faut tout simplement condamner le téléchargement des nouveaux films et des tubes les plus récents. Et plutôt que d’engager des poursuites en intégrant au Code Pénal des sanctions aux frais du contribuable, car les lettres recommandées que vous prévoyez d’adresser aux internautes contrevenants auront un coût estimable, mieux vaudrait que des informaticiens dignes de ce nom programment l’indexation de tous les fichiers au contenu récent, et qu’on nous fiche la paix avec les films d’il y a dix ou quinze ans, qui ont déjà rapporté gros s’ils étaient bons, à la fois aux artistes, aux producteurs et à leurs héritiers, et au système et à ses fils à papa.
Mesdames et Messieurs qui avez le pouvoir, la loi que vous vous apprêtez à voter présente un danger permanent. Car vous êtes assez bien placés pour savoir que si une loi se vote en toute modestie, elle n’en est pas moins fière, et la démocratie nous dit que cette loi peut par la suite imposer l’arrogance de sa dureté et de sa durabilité.
Le vote une fois entériné, il ne sera pas facile de faire machine arrière. Au train où vont les événements, il est plus facile pour vous de faire que de défaire, et la loi contre le piratage qui gênera uniquement les plus défavorisés, cette loi les privant de la culture qu’ils n’ont pas les moyens de se payer, sera une loi comme beaucoup d’autres, éternellement favorable aux nantis. Ce sera une loi succulente pour les repus.
Mesdames et Messieurs les gouvernants, apportez-nous la preuve que vous avez autant de compétences que de pouvoir. Mettez tout votre cœur à mériter votre mandat. Séparez donc le bon grain de l’ivraie, et en les discernant, ne faites pas un méli mélodrame assis entre deux bancs. La droite et la gauche peuvent s’entendre sur le fait qu’entre un film récent et un classique sensé tomber dans le domaine public, seul le clivage doit établir le conditionnel de la liberté ou de la sanction. Si un internaute pirate un fichier au contenu peu récent, son abonnement via la toile le justifie. Mais si un internaute vole un pauvre, ou si en téléchargeant un fichier dûment indexé, il dérobe la dernière création d’un auteur reconnu, alors là, pris la main dans le sac, il doit être sanctionné, le judiciaire doit s’emmêler, et le plus judicieux encore.
Mesdames et Messieurs les dirigeants, cette loi doit être écrite en sorte de protéger les plus fragiles. Car le vol peut être un crime, et voler un jeune auteur, ou un auteur reconnaissable à la bonne bouille de son œuvre la plus récente, cela revient à lui tirer une balle dans le dos.
Quant aux œuvres à deux balles, foutez-vous en autant que nous. Et ne nous dites pas que voler un navet, parmi les plus anciens aux plus récents, mérite une lettre recommandée.
Faites donc preuve de discernement appliqué, et le bon peuple vous en sera reconnaissant. Peut-être même l’Histoire.