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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Question au gouvernement sur le piratage (3)

 

            Il y a des lois qui portent le nom de leurs instigateurs. La loi Badinter contre la peine de mort. La loi Weil pour la vie au sens entièrement libéral, tel qu’Hugo l’entendait. Aimer la vie c’est être libre de s’en préserver, quoi que le Pape en dise, et si sortir couvert nous protège, entre autre, des problèmes existentiels d’un virus maudit, c’est aussi que la vie s’organise et sort gagnante des luttes intestines tentées de la décomposer.

            Mais plus la vie s’organise, et moins une loi qui en dispose n’autorise d’en statufier l’instigateur. Raison pour laquelle le principe de la collégialité supplante dans les faits les prête-noms confinant à l’illégalité. Au moins ne sera-t’il pas un bouc émissaire, celui qui s’en lava les mains dans l’affaire Jésus Christ, affaire non classée comme chacun sait. Et les Ponce Pilate des temps modernes seront bien inspirés d’éviter le huis clos dont l’Assemblée Législative les préserve. Car une décision ayant valeur de loi, et dont les auteurs se lavent les mains, il en existe qui aboutissent à des pénalités regrettables. Notamment quand le législateur taille des croupières à la liberté de penser autrement que la loi l’y réduit. Et il faut pourtant convenir que vis-à-vis de certaines lois, nous ne sommes pas tous égaux. Songez en effet qu’à excès de vitesse identique, l’amende est la même pour tous alors que les revenus varient du simple au centuple. Qu’en a à faire un nanti de devoir payer quelques miettes, le prix d’une amende qui mettra au pain sec un pauvre conducteur jusqu’à la fin du mois ? Mais parmi les non dits de telles lois, qui révéleraient au grand jour la main mise des Ponce Pilate actuels, l’inconvénient de l’inégalité des revenus face aux sanctions décrétées à l’emporte pièce simplifie certainement le Code Pénal, mais uniquement en faveur des nantis ayant les moyens de se payer sa tête. Comme quoi la notion de relativité devrait être à l’amende ce que les amendements sont à la loi. En d’autres termes, un simple calcul de pourcentage permettrait, comme pour l’impôt direct, d’élever le montant d’une amende à un taux relatif, afin que le prix à payer ne baisse pas pour les contrevenants aisés, et qu’il ne baisse pas encore davantage pour les plus nantis d’entre eux, jusqu’à l’insignifiance.

            Hélas, les Ponce Pilate ont toujours simplifié la loi qu’ils regardent de haut. J’menfoutistes de la toise, il tranchent au niveau de leur taille, et limitent les effets de la Justice à hauteur de leur intérêt à court terme.

            Il est pourtant nécessaire de réaffirmer que les amendements existent, justement pour assouplir l’application d’une loi. Sans les amendements, une loi est inexacte, et ses imprécisions tranchantes creusent un fossé définitif entre les coupables que l’argent immunise, et les autres trop pauvres pour être pardonnés.

            Mais ce n’est pas tout. Actualité oblige, force est de se demander qui sont les Ponce  Pilate des temps modernes, et quel savon doivent leurs passer les députés représentants de leurs victimes. Car lorsque la loi sur la protection des auteurs qu’Internet embarrasse sera votée, il sera trop tard. Et j’ai beau à ce sujet, avoir déjà apporté ma contribution dans ce blog, je me mouille certes, mais je ne m’en lave pas les mains tant je souhaiterais que cette loi  comprenne la liste exhaustive des nuances de la création.

            Mon nom ne mérite évidemment pas d’être associé à cette loi. C’est un débat ouvert qu’elle vaut, au sens collégial, quand les idées venues de toutes parts n’appartiennent à personne. Droits d’auteur, avez-vous dit ? Sans doute pas au sujet d’une loi. Que serait Badinter sans Hugo et les autres ? Et que serait Hugo sans les lecteurs qui l’ont aimé, sans le courage d’un Badinter pour en ressusciter l’idée ?

            Les idées sont là, toujours présentes et persistantes, à disposition de tous et immanentes, bien que certaines personnes y consacrent leur talent et méritent le détour par ce qu’il en ont dit. Quand un artiste, quand un auteur se donne tout entier à son métier, quand il y revient sans cesse parce qu’en fait, on réécrit toujours le même livre selon l’adage, ou l’on repeint toujours le même tableau, dans ce cas l’idée fixe prend des formes si diversifiées qu’elle justifie la rémunération des créateurs obsessionnels.

            Un monde sans artistes, sans culture au sens large du terme, sans artisans, sans ingénierie sans esprit de recherche, ce monde là ne risquerait même pas de tomber en ruine dans la mesure où rien n’y paraîtrait construit. Mais sans vouloir être méchant avec nos artistes en réussite, le fan que je suis m’inspire une ou deux remontrances à leur adresse.

            Des remontrances en effet, à l’écart des propos péremptoires, mais objectivement parlant. Car lorsque j’entends certains de ces génies, connus et reconnus, craindre pour leur gagne pain au prétexte que le piratage sur Internet correspond à leurs yeux à un manque à gagner, je me demande s’il n’y a pas un peu de foutage de gueule de leur part, sauf quand ces vedettes n’ont pas su gérer leur fortune et dans ce cas, c’est leur faute leur très grande faute.

            Mais mea culpa mis à part, revenons en à la loi qui devrait être la même pour tous, à l’endroit où les lois ont pour atome crochu une arithmétique indivise. Si par exemple on admet qu’un travailleur lambda  viré de son emploi peut toucher le chômage à taux dégressif au fil des mois, suite à quoi il n’a plus droit qu’aux nèfles du RMI, dans ce cas un artiste n’a aucun droit de compter exclusivement sur son travail passé, sur cette œuvre sans doute immensément chérie, mais qui lui a déjà beaucoup rapporté. Et au même titre que le chômeur longue durée voit ses revenus s’apetisser, une vedette du show biz qui ne se remet pas en question et se contente de ses rentes devrait perdre ses droits d’auteur désengagé.

            Le passé c’est le passé, ou ça ne l’est pour personne. Et tous égaux devant la crise, les auteurs ne devraient jouir de mesures protectionnistes qu’en rapport  à leur travail récent ou à venir. C’est donc un taux dégressif que je propose sur les droits d’auteur, comme pour le droit au chômage, d’autant plus que ces vedettes invoquant le gagne pain et se plaignant de la concurrence illicite d’Internet quand leurs œuvres anciennes y circulent, ne voient parfois aucun inconvénient à se produire dans des pubs plus ou moins mensongères mais sûrement lucratives, pendant que des intermittents du spectacle traquent en vain les petits rôles sans que personne ne se préoccupe de les protéger, bien au contraire.

            Et pourtant, vis-à-vis de ces petits acteurs sans le sou et dont la loi se fout, les prérogatives des vedettes adulées par les rois de la com’ ne correspondent t’elles pas à un grave manque à gagner ?  

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