Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
C’est tout simple. On va pas s’éterniser, et pour être aussi sommaire que possible, aussi fulgurant que la foudre ou que le tir à bout portant, rien n’empêche de croire aux conséquences à court terme de certaines vues et revues. Bref, le fait de ne pas voir plus loin que le bout de son nez dénote un réflexe universel, un raccourci de la mémoire obnubilée par ses trous. C’est qu’elle y songe beaucoup, la mémoire courte, à se contredire sans le dire ni s’en apercevoir. Tel un piaf qui tourne la tête et oublie déjà ce qu’il voyait une seconde plus tôt, la mémoire courte zigzague sans se reconnaître. Qui est-ce ? les boules du sourdingue, c’est tellement simple. La mémoire courte avec sa boule de cristal prédit l’avenir dans les reflets d’un passé tout juste différé. Immédiatement, on prend les mêmes et on recommence, autant de sornettes assourdissantes que de contradictions jumelées. Comme des pôles qui entreraient en contact, les contradictions de la mémoire courte jouent à touche touche et libèrent une énergie absolue sans se préoccuper de la distribuer. Et durant ces orages de l’amnésie redondante, la foudre est à la masse, à la ramasse et à vaux l’eau.
Mais la mémoire courte a ses limites. Il lui faut un minimum de temps pour se contredire, de l’ordre de la nanoseconde. Quant aux contradictions qui s’enchaînent dans un délai supérieur à la minute, nul doute qu’elles émanent d’une mémoire d’éléphant qui ne se trompe pas énormément. L’important n’étant pas de savoir comment se contredire, mais pourquoi.
Pourquoi en effet, quelle en est la cause commune, sinon la nécessité d’être bref, mais pas trop quand même, juste le temps de tout dire avant de recommencer.
La mémoire courte a cependant tendance à se foudre de notre gueule. Nec plus ultra libéral du jour au lendemain, la mémoire courte n’est pas tant à la masse qu’elle s’adresse à la masse. Elle est l’instrument politico médiatique de la communication paradoxale. Partant de là, un jour de 2009 on nous informe, que dès 2010 les voitures électriques seront produites en masse pour remédier à la pollution, et un autre jour de 2009, on nous désinforme ? Mais qui ça, on ? La mémoire courte, bien sûr, aussi tôt que possible. Et un délai de 24 heures aura suffi pour qu’après le marché juteux des bagnolles électriques, la presse enjôleuse évoque la reprise des ventes des autos produites à court terme, soit trois pour cent de véhicules polluant supplémentaires en juillet 2009. Ceci dit ni vu ni connu, pour peu que la mémoire courte ait la jubilation paradoxale. A croire que oui, d'une année sur l'autre, « on » aura déjà oublié que trop de voitures polluantes achetées en 2009, c’est autant de véhicules électriques pas assez vendus en 2010.
Nec plus ultra libéral, tu gagneras ton pain à la lueur de ton front. Et elle est fort brève ; rien qu’un flash info.