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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Identité remarquable

 

Quand une porte est équipée d’un groom, elle se referme avec diligence. Et l’automatisation n’a rien changé sur le fond. En apparence seulement, les portes coulissantes n’ont aucun ressort. Car par miracle à nos yeux de primitifs, le rayon laser et la lecture optique ont supplanté des mécanismes obsolètes, genre portes de saloon dont les battants y allaient un peu fort.

 

D’aucun d’entre nous a connu cet évènement fondateur, consistant en la rencontre d’un seuil récalcitrant, dont les panneaux coulissants coulissant trop vite, se referment à contretemps.

 

Les portes, celles qui sont prises par le passant ou celles qui claquent au nez du suivant, les portes que les miracles de la technologie ouvrent et referment avec diligence sont les intersections d’une urbanité convenue. Après vous je vous en prie, non je n’en ferai rien, pouce je passe, priorité à droite ou à la galanterie, y compris la Mer Rouge quand elle sortit de ses gonds, avide tempête de la démocratie pour que le peuple élu la franchisse à gué, les pieds au sec. Une foi rendue sur l’autre rive, la liberté, et les chaînes de l’esclavage noyées, tout un symbole pour les incrédules. Les Juifs que leur asservissement humiliait ont pris la porte comme un seul homme. Mais il en existe plein d’autres, des individus peu disposés à se faire exploiter, et préférant l’aventureuse traversée du désert à l’instrumentalisation de leur savoir faire. Des individus susceptibles de tout bazarder sans être licenciés, parce que la Mer Rouge, c’est dans la tête qu’il faut l’ouvrir, après vous je vous en prie, après vous le déluge.

 

Cet événement fondateur, d’où le refus d’être exploité émerge sans amarres, comporte certes les inconvénients de la précarité. La traversée du désert y fait suite, et ceux et celles qui l’ont tenté sont rattrapés par la rumeur, bientôt cernés par les cancans. S’ils ont fui le système, c’est donc qu’ils sont faignants. C’est donc que la paresse motive l’idéal de liberté. Tandis que le courage, voire l’héroïsme, consiste à rentrer dans les rangs avec abnégation, sans jamais prendre la porte avant d’être licencié.

 

Alors, la crainte d’être exploité, hantise ou fainéantise ? Evasion ou fuite en avant ? Et qui a raison dans tout cela, de prétendre que le courage symbolise l’énergie propre au travail le mieux fait ?

 

Sauf à être manipulé, mieux vaudrait inverser la proposition. Et prétendre que ce n’est pas le courage, mais la paresse qui œuvre au meilleur rendement. A y regarder de plus près naturellement. Et à voir comment nos grandes entreprises sont de mieux en mieux gérées, assurément, il n’y a pas pire faignant que celui qui se lance à la recherche du rendement optimum, tout en lésinant sur la moindre dépense. A vous donc, de trouver la supercherie, car l’efficacité ou la beauté du geste passe par cette faille aventureuse qu’aucun champion de l’effort ne peut ignorer. Imagine t’on un sportif gaspiller son énergie ? Bien sûr que non. Le fait qu’il puisse atteindre son meilleur rendement ne va pas sans de savantes économies de style, et nos grands patrons sont les champions toutes catégories de cette logique qui préside à la paresse déterminée à la multiplication des plans sociaux, pour un rendement optimisé par la diminution des coûts énergétiques liés à la production.

 

La plus grande des paresses nécessite un grand savoir-faire, par autrui. Et les rois fainéants s’y entendaient en la matière, limitant leur effort à brandir le sceptre de l’autorité, une main ciselée et l’index pointé vers le ciel, sinon le majeur, sans avoir à lever le petit doigt.  

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