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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Pas d'esprit sain dans un corset

cellule01.jpg           Il n'y a que deux méthodes historiques pour s'intéresser au passé. La mauvaise, et l'autre. Tout d'abord la mauvaise, motivée par un dégoût prononcé pour les tribulations présentes. Dans ce cas la nostalgie s'installe sur un canapé de souvenirs imaginaires, telle une incitation confortable à l'idéalisation des temps jadis. Et cette façon de fuir le monde actuel, jugé trop agressif, embourgeoise y compris les pauvres . Sauf que pour ne pas rêver de piscine au bord de la villa, le pauvre se persuade qu'avant c'était bien mieux, et que retrouver l'époque mythique de cet âge d'or permettrait d'abolir toutes les injustices dont la décadence contemporaine l'accable. Fort de cette conviction commode, il arrive que les plus défavorisés se serrent les coudes, à la solde d'un chorégraphe qui ordonne leur harmonie atrabilaire pour un demi-tour revanchard. En l'occurrence, les purges, attentats et autres pogroms incarnent assurément  les désagréments relationnels engendrés par ce volte-face revanchard, quand un leader religieux ou politique parvient à embobiner quantité d'ouailles toutes disposées à croire en un passé revenant à la charge avec ses modes sacrificielles, ses rituels purificateurs, ses autels statiques, ses taux d'hémoglobine encroûtée. En ce temps-là déjà, les scribes avaient quelques petites manies. Ancêtres des poètes et des romanciers, ils entretenaient le suspense à coups d'épée et d'épique. Si bien que la Bible parmi tant d'autres livres fondateurs raconte la complicité des peuples qui aiment à se foutre sur la gueule. De page en page le sang coule et n'y a d'autre rivale que la bile. D'ailleurs sans tout ce sang versé au nom du "bon" Dieu, ce bouquin aurait tout simplement pu s'intituler la Bile, en faisant l'économie du second B. Mais avec deux B comme dans bébé, la Bible évoque aussi, mais si, la venue de l'enfant-divin, celui que la mère aurait mis au monde par les voies du seigneur, impénétrables... Alors là il y a de quoi rire, ou de quoi compter parmi ceux qui aimeraient tant que ce soit possible. 
De quoi rire de soi en effet, attendu que la bonne méthode pour s'intéresser au passé n'apporte pas la preuve tangible de l'existence de Dieu, bien qu'elle gêne tout autant les athées aux entournures. Alors qui des uns ou des autres a raison ? Malheureusement cette question revient souvent à se demander qui a raison de recourir une fois de plus aux armes. Et s'il fallait comme par le passé, venir de loin, venir de toujours plus loin, la bonne méthode pourrait bien consister à entrelacer le rôle du divin et de l'enfantement, mais sans aucune modération. Sans s'arrêter au jour J d'une naissance allégorique dont le Christ est pourtant moins le corps que l'esprit. Bien que tout soit possible quand les séductions d'un idéal ne sont pas sataniques. Et cet idéal qui nous séduit, qui cherche à nous convaincre que c'était beaucoup mieux avant, lorsque la descendance était assurée sans le passage obligé par la sexualité et sa kyrielle de drames, jalousie, sexisme et sectarismes assemblés, chagrin causé par la perte d'autrui, rien que ce chagrin ne pourrait étendre ses ravages si la présence de quelqu'un d'autre pouvait simultanément incarner l'assurance de rester soi-même...
Tout est possible quand le passé arrive de beaucoup plus loin qu'une sublime allégorie. Et même le fait de croire en la Vierge Marie est rendu possible par une cause sans précédent, et sans laquelle aucune nostalgie ne pourrait correspondre en image à un hypothétique âge d'or. Mais ce besoin irrépressible dont se nourrit tout être humain secrètement constitué, cette soif de pureté déconcertante, un peu comme un besoin d'avoir soif, un peu comme une faim de se digérer tout cru, n'est-ce pas un peu de tout cela qui revient au tout à fait possible, au tout à fait nécessaire, à l'origine de la vie quand elle n'était que cellulaire, et que chaque cellule, miraculeusement vierge, dédoublait son patrimoine de candeur, scindée par la vertu de son noyau. Vierge singulière avant de se dédoubler, vierge tout autant en se reproduisant, et vierges pérennes aussitôt aprés. Et dire que cet état initial de la vie nous habite toujours, nous structure de la tête aux pieds, nous prédispose à le penser, à le concevoir lors de chacune des étapes qui lui font suite, miracle d'un passé recomposé, miracle d'un présent à jamais, et du plus simple des futurs.
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