Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

" Ce ne sera pas le
moindre des paradoxes de notre époque d'avoir rêvé le règne de la Justice là où régnait déjà l'argent."
Albert Capus
(1857-1922)
Albert Capus, ce grand méconnu passé à la trappe de la postérité, repassera peut-être par la case départ le jour où un éditeur ayant pignon sur rue trouvera commode de s'en foutre plein les fouilles, en vertu des traditions copieusement monnayables. Au même titre que Noël, fête rendue païenne par la folie consumériste. Au même titre que moult commémorations opportunistes, le Veau d'Or se refond à l'infini dans de nouveaux moules, il va même jusqu'à fondre inaperçu, sur ses proies de prédilection, les consommateurs auxquels il est fréquent de vendre la date anniversaire d'un défunt de renom. Les trente ans, les cinquante ans, voire le centenaire de la mort de tel ou tel auteur sont des heures lucratives, pour les sociétés au capital pourfendeur de l'espace-temps culturel. Et si en 2022 Albert Capus réédité a lieu de se retourner dans sa tombe, sans doute le fera-t-il parce qu'au vu du paradoxe qu'il déplore, le temps est toujours venu de comprendre que l'argent est le cauchemar de la justice, Justice avec le grand "J" des petits jours et des beaux rêves envolés. Autant dire que l'actualité continuera de les faire, les beaux jours de ce paradoxe moyennant lequel une "autorité indépendante" aura bientôt vocation d'envoyer des courriels d'avertissement aux internautes contrevenants, dont la seule faute aura été de télécharger gratuitement des fichiers sur la toile d'araignée déchirante, dès lors que la mise sous contrôle dont le WEB sera l'objet entrera en totale contradiction avec toutes les incitations à l'achat d'un matériel à gogo, et justement conçu pour graver ou tout pouvoir copier à l'oeil. Ces possibilités matérielles de tout graver, et leur interdiction morale, nous laisse en tout cas espérer qu'un jour viendra enfin, où il sera possible d'acheter des BMW à seulement deux vitesses, des vrais bolides conçus pour ralentir, au choix d'une Justice qui, elle aussi, est dotée de deux vitesses, la marche avant pour les nantis, la marche arrière pour les autres. Et ceux-là, les autres, il faudra qu'ils se méfient de "l'autorité indépendante" actuellement en gestation, parce qu'après les premiers courriels d'avertissement, s'il y a récidive de téléchargement illégal (peuchère !) avec du matériel dont la vente est légale (pas peu chère !), s'il y a donc récidive c'est directement la suspension ou la résiliation de l'abonnement internet. Alors là... fini le régal, "adieu veaux, vaches, cochons, couvées" comme écrivait celui qui prononçait encore : "Selon que vous serez puissants ou misérables, les gens de robe vous jugeront blancs ou noirs."
Jean de La Fontaine, immortel mais peut-être plus pour longtemps, a moins que les auteurs de la loi révisent leur... copie, en trouvant juste de faire correspondre, à l'obligation de payer, une augmentation conséquente du pouvoir d'achat, notamment celui des misérables qui n'auront bientôt plus le droit de faire gratuitement un brin de Cosette sur le Net privatisé.