Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

Publicité

L'oeuf et la poule (2)

Tous les descendants d'un Big Bang orphelin pourraient se reconnaître dans cette histoire d'amour chagrine. Une histoire qui corrige la faute, et qui remet en cause l'interprétation douteuse d'un pécher originel, lequel fut souvent assimilé à un acte sexuel diabolisé, alors que plus probablement, le sentiment de culpabilité prend sa source bien au dessus de la ceinture.

L'animal ne se connait pas de peine équivalente. Il souffre sans aucun mystère, les instincts aux aguets et la réponse sous la dent. Et s'il arrive aux évènements de le contrarier, l’animal se fâche ou s'enfuit sans état d'âme, coupable de rien et sans conscience pour le dompter.

L'animal n'est pas narcissique, chose en quoi il se distingue de l'être humain. A l'état sauvage tout du moins, nos amis les bêtes évoluent sans tabous ni devoirs. Aucune mystique dotée d'une force surnaturelle ne vient contraindre leurs ébats, et la coexistence entre les espèces suffit à réguler leur comportement. L'intelligence qui se dégage de ce grand ensemble équilibré ne s'appesantit pas sur l'individu à poils ou à plumes, parce que la multiplicité des races animales connectées entre elles sans qu'elles le sachent, prévoit à leur insu le cerveau humain qui les contemplera, les mémorisera, les imitera et les corrigera.

Contempler et mémoriser d'abord. L'homme a souvent regardé sa proie s'envoler avant de parvenir à l'imiter. Il s'est dans un premier temps souvenu que rentrer bredouille de la chasse assimile plus l'envol à un cauchemar qu'à un beau rêve de satiété. Et puis le rêve est devenu réalité. L'homme s'est mis à voler lui aussi. A force de besoin, à force d'envie d'être ce qu'il voyait, la jalousie est devenue son tremplin et son salut.

Mais le survol de toutes les inventions contenues en germe dans le spectacle de la nature ne lui ont pas suffi. L'homme a ensuite voulu les corriger et les sophistiquer. Non seulement en perfectionnant le décollage jusqu'à la verticale, un type de décollage que la nature ignore comme beaucoup d'autres choses, mais l’homme s’est mis ensuite à domestiquer certains éléments de cette nature mémorisée et répertoriée. Par exemple même s'il n'a plus son utilité d'antan, on veut bien que le cheval reste le meilleur ami du jockey ou du parieur. Quant au chien bien dressé, il a la décence de pisser en ville, mais pas à la maison.

Nos amis les animaux ont donc appris grâce à nous à bien se comporter en société, à ne pas se mettre derrière la charrue mais bien devant, et grâce à nous comme nous le confirmerait un psychologue des toutous, nos bons cleps se sont enrichis par l'acquisition de comportements contraignants.

Pendant ce temps l'homme a naturellement stagné, toujours aussi incapable de franchir le miroir de son questionnement métaphysique. C'est que l'homme n'est pas bête, et que cette incapacité congénitale le distingue de la méconnaissance de ses origines.

Paradoxe de la nature, l'être humain a le cul entre deux chaises. Il a beau trôner tout en haut de la pyramide des espèces, il les jalouse toutes impuissamment au moment de les voir confortablement assises dans une existence exclusivement pragmatique, tandis que lui même hésite sans cesse à la mise en pratique de ses grandes théories, au cas ou la théorie précèderait la mise en application, toute la question est là. Une question qui se pose infatigablement, comme entre l'oeuf et la poule, comme entre les mathématiciens et les marchands du temps jadis, quand les premiers mathématiciens s'entêtèrent à nier l'existence des nombres négatifs (moins un, moins deux etc.…), jusqu'à ce que les marchands, réputés pour leur sens pratique, viennent mettre sous le nez des théoriciens un livre de comptes des plus simples, avec une colonne des crédits, correspondant aux nombres positifs, et une autre pour les débits, rapport à l‘existence des nombres négatifs. Le moins qu'on puisse dire est que cette confrontation donna ses lettres de noblesse à l'ensemble des nombres relatifs, au dessus et en dessous du zéro, sans pour autant dégeler les relations entre l'homme pratique et son double théorique, entre le marchand et le matheux. Mais au vu de cet épisode historique, il apparaît clairement qu’à défaut de convenir de la connaissance de l'autre, les bons comptes ne peuvent pas faire les bons amis.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article