Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

Publicité

L'oeuf et la poule (3)

Seul nos amis les bêtes ont la chance sans le savoir, d'ignorer les affres de la théorie. Quant à l'homme, il lui faudra toujours situer cette théorie au même niveau que la pratique, au gré du raisonnement circulaire qui va de l'une à l'autre, autant que de l‘œuf à la poule et réciproquement. Et dans ce cas enfin, le compte est bon, comme dans ce jeu télévisé ou les chiffres et les lettres vont de paire.

Ce jeu qui oppose deux adversaires alterne l'épreuve du calcul mental et la recherche du mot le plus long. Et il est vivement conseillé aux candidats de briller dans les deux cas. Lors de l'épreuve de calcul par exemple, il faut trouver vite fait un nombre donné, bien sûr jamais le même, en faisant opérer entre eux six chiffres proposés. Le tout est donc de savoir par coeur ses tables de multiplication, et le nec plus ultra consiste à les connaître jusqu’à vingt. Question de méthode. Ainsi, quand il est urgent d'aboutir à un nombre tel que cent soixante deux, en disposant de la possibilité d'additionner et de multiplier entre eux six chiffres tels que neuf, huit, quatre, dix, deux et trois, l'avantage sera évidemment au candidat sachant instantanément que dix plus huit valant dix huit, il suffit ensuite de multiplier le neuf par dix huit pour trouver la solution. Ah ! ce ne sont pas nos amis les bêtes qui en feraient autant … Quoique à notre époque, un bon chien peut craindre légitimement qu'on le lui demande. Un bon chien, ou plutôt celui qui pourrait le remplacer prochainement, le robot articulé à la moustache prés, ou bien toute autre machine de compagnie susceptible de remplacer Médor, pourquoi pas une puce à la mémoire d'éléphant ? Et qui de plus saurait compter, et même qui saurait à tout coup trouver le mot le plus long, bien que la méthode préconisée tout à l'heure pour l'épreuve de calcul mental soit plus difficilement applicable dans le cas où il importe de trouver la meilleure combinaison de neuf lettres.

Car tout a beau être possible du point de vue d'un ordinateur doté d'une calculette domestique, il y a cependant un Rubicon à franchir entre le fait d'associer machinalement des chiffres, et celui d'apparier jusqu'à neuf lettres. Avec les lettres en effet, le nombre de combinaisons possibles dépasse l'entendement. Et puis pourquoi se limiter à neuf lettres, et puis pourquoi se limiter aux lettres? Tant qu'à rendre intelligent nos amis les robots, autant les programmer pour multiplier les mots, mais aussi pour associer entre elles des idées hors paire ! Il est déjà si facile de se prendre une raclée aux échecs sur un damier informatisé, que la suite des évènements, et des avènements scientifiques, pourrait bien donner raison à un toutou branché et qui nous enverrait promener. Un joli toutou inoxydable, et qui ne connaîtrait pas les affres de l'âge, pourrait se gaver de sucre sans craindre la cécité, et n'aurait plus besoin pour ses vieux jours d'un guide de chien aveugle.

Jusqu’à ce que l'inutilité du maître, jusqu’à ce que l'inutilité de l'homme (tel est le paradoxe qui lui pend au nez), résulte potentiellement de la capacité de la mémoire informatique de tout enregistrer, et de tout restituer à la vitesse de la lumière. Non seulement cette mémoire jonglera avec ce qu'il est convenu d'appeler les sciences exactes, mathématiques et physique, mais les sciences qui pourraient rendre cette mémoire aussi calculatrice que l'homme sont les sciences humaines... Un ordinateur à quatre pattes fort de notre patrimoine philosophique ou psychologique, mais doué aussi d'une vitesse d'exécution dépassant de loin celle de l'être humain, lirait une bibliothèque nationale en une fraction de seconde, il arriverait au bout de son savoir sans aucun répit, cet ordinateur pourrait même en souffrir, il pourrait même devenir fou, fou de rage ou d'ennui. A ce stade qui anticipe sur une éventuelle prise de conscience, notre robot de compagnie pourrait pourtant remuer la queue programmée pour signifier le contentement. Lui qui ne connaîtrait que la réussite, lui qui n'aurait pas le temps de dire wouf wouf avant d'avoir réponse à tout, il faudrait donc lui instiller le bug de la conscience pour compenser l'élan effrayant de sa jubilation fulgurante.

Il faudrait lui insuffler la capacité de connaître l'échec, parce que la conscience puise sa force dans les situations d’échec, au point de pouvoir dire, sans risquer de se tromper beaucoup, que la prise de conscience est le reflet de ces échecs et de l‘état d‘insatisfaction qu‘ils génèrent, qu‘ils régénèrent. Comparé à quoi le bonheur qui rend idiot se passe volontiers des embarras de la théorie.

L'homme n'est donc ni robot ni animal à cette condition, en plaçant l'échec au dessus de tout, bien au dessus de la ceinture donc, avec le souvenir récurent d'une question sans réponse, et en culpabilisant moins de ne pas se la poser que de ne pas y répondre.

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article