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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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L'oeuf et la poule (4)

A lui tout seul, l'instinct de propriété peut nourrir l'immense perplexité dont je suis capable à mes heures. Voilà pourquoi, ou plutôt voilà comment. Parce qu'en vérité, j'ai déjà enduré l'étrangeté de cet instinct de propriété, comme qui dirait possédé par ce jeu de l'ego qui construit sur les bases de l'arbitraire, la perspective d'un miracle constant. De telle sorte que par la prestidigitation de l'hérédité inconstante, je suis, d'un point de vue purement intellectuel, entièrement disposé à prolonger l'effort de réflexion jusqu'aux limites des capacités de la conscience, en concevant en retour que ces limites soient indéfectiblement les miennes, qui m'appartiennent donc, pour autant qu'elles me suffisent. D'ailleurs, si j'étais un brin suffisant, je me contenterais de cette possession mentale, et du coup, je ne penserais ni à l'oeuf ni à la poule de la véritable question philosophique. Mais dans ce cas, mon instinct de propriété demeurerait un aussi grand mystère que l'immaculée conception, dont tous les épisodes nous racontent une naissance au bénéfice et aux confins du doute. Car au juste, il n'y a pas de bénéfice sans suspicion, ni de cocu qui n'émette un doute.

Depuis que la vue de la première propriété a crée les premiers envieux, la jalousie génère la foule des superstitieux. Si bien que de fil en aiguille, si bien que de l'enfantement du divin descendant jusqu'aux autres catégories du travail florissant, la question de philo reste entière, et peut se poser en ces termes : l'outil de travail appartient-il spontanément à l'ouvrier qui s'en sert, auquel cas il importe de croire en l'existence préalable et miraculeuse de cet outil de travail, et dans cette circonstance carpe diem, profitez de l'instinct, il durera toujours plus longtemps que des réponses peu probantes.

Quant aux incroyants, autant qu'ils sont, ils auraient plutôt tendance à supposer le contraire, et selon eux, il ne serait pas superflu de rappeler, au passage, que le rapport de cause à effet entre l'ouvrier et l'outil a mis autant de temps à intégrer les consciences, que le lien naturel entre l'acte sexuel et l'enfantement de ceux qui pratiquaient pourtant les deux.

L'acte et ses conséquences, il a vraiment fallu beaucoup de temps, avant que ce lien soit finalement conçu, durant lequel les pratiquants n'étaient pas des croyants, mais des gens dont la foi s'enlisait comme qui dirait, hérétiques avant l'heure.

Ce niveau de vie est absurde, proclamait Camus. Et dieu sait que j'aime ces gens dont la conscience de l'absurde est aussi spontanée que leur faculté désintéressée d'assumer l‘absurdité de l‘existence.

Le Christ lui aussi était touché par l‘absurdité de la grâce, quand il prophétisait à l'adresse des oreilles conçues pour s'entendre au sujet d'un mystère : Cette génération,a t’il dit, cette génération n'aura pas disparue avant que tout ne soit accompli. Et je ferme les guillemets.

Pour autant, il ne faudrait pas qu'une génération plus qu'une autre s'approprie l'attente de son retour, quand le phénomène de la génération évoquée par ce messie englobait, et englobe à jamais, l'immensité de la tâche à accomplir par des ouvriers engendrés de père en fille et de mère en fils, et dont les outils ne sont jamais les leurs.

Ah ! ces sacrés ouvriers, tant et si bien possédés que dépossédés, que depuis que le troc est feu, on les paye ! Et depuis que l'angle bienveillant de l'optimisme a fait la part belle à la philosophie positiviste, on les paye ces ouvriers comme je viens de le dire, car je viens de le dire, vous êtes sourds ou quoi ? la cause de l'ouvrier se limitant pour lui à travailler pendant un mois, un mois au bout duquel le miraculeux propriétaire des outils de travail refile en argent, à cet ouvrier, l'équivalent de sa production mensuelle. Ce qui revient à comprendre qu'avec son salaire, l'ouvrier se trouve dans la possibilité de se racheter la totalité du produit de son travail d'un mois... En y réfléchissant bien, on a affaire ici à une arnaque, je le conçois, mais une arnaque très vite inaperçue dès lors que cet ouvrier n'achète pas le produit de son propre travail, ça va de soi, mais se pourvoit diversement auprès du produit des autres ouvriers, qui fort heureusement pour le propriétaire des outils de production, s'empressent communément de faire des achats ont ne peut plus divers, ni vu ni connu... Et ainsi de suite, compte tenu d'un propriétaire louant indifféremment dieu et les outils de travail, en tant qu’annonciateur d'un messianianisme appelé croissance, au seul bénéfice du doute et des millions de Joseph partis au turbin pendant que le rapport de cause à effet les cocufie.

Ainsi est né le divin bénéfice, né de cela, né du dieu loué à l'égal du plus commun des outils, mortel et allant croissant, au gré d'un vulgaire instinct de location. Et comme de bien entendu, le prix de location d'un outil est déduit du salaire de l'ouvrier qui le loue, lui aussi, et c'est comme ça que Joseph parvient à s'acheter moins, de moins en moins, que la totalité du produit de son travail. Et vis à vis de lui, le pôle de plus en plus, qui dit je suis.

Je suis, proclame ce coq à grand renfort de vocalises instinctuelles, je suis l'ouvrier et l'outil, je suis l'ouvrier et l'oeuvre de l'outil, néanmoins je suis un locataire et de passage sur cette terre, et en attendant que cette terre vierge n'en finisse pas d'enfanter, je suis aussi ce que je désire, et tant je désire tant j'assouvis qu' au final, je me demande ce que je fous là, tentations et caprices en berne, mission accomplie en compagnie d'une poule qui commence à me faire l'oeuf.

Pauvre coq assujetti, je suis ce que je sème et je sème ce que je suis. Je suis l'ouvrier et l'outil, comme qui dirait : "Je suis le couteau et la plaie" . Mais j'ai beau avoir l'air con à me blesser aussi maladroitement, essayez donc d'en faire autant.

 

 

 

 

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