Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
D'un point de vue économique, pour les tenants du "développement durable" opposés aux tenants de la "décroissance", cette intention de décroissance ne tient pas la route, dans la mesure où ce qui la lui barre, c'est tout simplement la notion de bénéfice inhérente à toute forme de travail.
Certes la question du bénéfice est toujours fort embarrassante. Les plus grands esprits l'ont abordée par son versant le plus glissant. Mais même en s'y attaquant par le côté de l'échelle des valeurs, le bénéfice est un toboggan qui rectifie à la baisse toute tentative d'en discuter son pendant mécanique : le maléfice.
Mais outre cette incursion dans la logique manichéenne, balançant entre le Bien et le Mal qui vont toujours de paire, entre le Bénéfice et le Maléfice qui ne se délacent jamais, les forces attractives de l'économie qui nous subjuguent font de nous les inconditionnels du seul Bénéfice. Sur nous il règne en maître absolu. Aussi indiscutable que le dogme de la croissance qui lui est inhérent, le Bénéfice paraît aussi constant, aussi peu passager qu'un droit inaliénable, et dont tout travailleur peut se réclamer : celui d'être récompensé de ses efforts.
Voilà pourquoi la notion de bénéfice est fort embarrassante. Parce qu'elle ne se discute pas plus qu'un droit naturel. Parce qu'à la base, il serait injuste de travailler pour des prunes. Et puis, de toute façon, tirer profit de ses efforts est aussi légal que vital, ne serait ce que pour des raisons de survie alimentaire. Sauf que surgissant de la nécessité même du bénéfice, apparaissent les ressorts du maléfice. En effet, étant entendu qu'un profit est égal à la somme que rapporte toute transaction, une fois les frais déduits, on comprend aisément que ces transactions se multipliant à l'infini, elles ne cessent de s'accumuler et d'augmenter la masse monétaire équivalant à l‘addition d‘autant de bénifices. Nous voilà donc, pour des raisons apparemment logiques, condamés à servir la croissance dont les filières économiques, et proprement manichéennes, ne stabilisent qu'une seule chose, sans doute pas les prix qui augmentent en fonction de l'accroissement de la masse monétaire en circulation, sans doute pas la valeur de l'argent qui diminue en fonction cette masse monétaire croissante, mais stabilisent uniquement l'édifice manichéen de la lutte des classes, essentiellement entre les tenants des trop gros bénéfices et les autres, les bénévoles pour ne pas dire les trop gros benêts volés.
Car il y a deux types de bénéfices opposables. D'abord, il y a le bénéfice volatile, suffisamment éphémère dans la mesure où il sous-entend qu'il sera vite dépensé, consommé à brève échéance. Et puis il y a l'autre bénéfice, le bénéfice trop durable, éternisé dans des bas de laine ou pire encore, quand il correspond à des produits financiers d'une sophistication croissante et inouïe.
Il apparaît alors que ces deux types de bénéfices confondus, l'un et l'autre interagissent sur l'environnement au même titre que le font les énergies propres et les énergies dégueulasses. En effet, les petits bénéfices, les modestes, les éphémères dédiés aux prolétaires, s'ils sont aussi vite recyclables que renouvelables, alors il n'y a pas lieu de les stocker comme s'il s'agissait d'une énergie fossile et épuisable à moyen terme, ou d'autant plus vite puisée que cette énergie fossile serait consommée par le plus grand nombre. Et pourtant.
Pourtant, en ce chaleureux mois de mai dont la brise nous fait la bise, "soyons réalistes, exigeons l'impossible". Car il faudrait, pour fluidifier l'économie et se débarrasser de la stupidité du dogme de la croissance, il faudrait bien un jour exiger l'authentiquement libre circulation du bénéfice globale , afin que passant de main en main sans exclusion possible, ce bénéfice cesse de s'accroître comme un gros con de stock fossilisable et non plus recyclable.
En d'autres termes, il est question de faire perdre ce bénéfice à autrui, juste le temps d'en tirer un profit naturellement personnel et passager, comme pour le
restituer en monnaie trébuchante à l'instant d'en tirer une jouissance existentielle, par exemple pour manger, s'adonner à quelque loisir, payer quelques loyers de retard, etc... Les bas de laine
et consorts à la lanterne, en échange d'une économie vivable, et pour un bénéfice globalement vécue.