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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Question au gouvernement (5)

Mesdames et Messieurs les députés, Mesdames et Messieurs les ministres, si demain la communauté des blogueurs de tous bords s'assemblait à l'image de votre hémicycle caméral, vous imaginez le cirque. Chaque blogueur pourrait exposer sa propre vision de telle ou telle loi, considérant la chose par le petit bout de sa lorgnette.

En exagérant l'importance de ce phénomène de société, il est aussi possible d'imaginer chaque blogueur en train de s'impliquer à plein temps dans le débat politique, contestataire prolixe ou rêveur solennel, pour ou contre la révision d'une Constitution mal apprise.

Quoiqu'il en soit, et en l'état actuel, si tout le monde s'accorde à penser que cette Constitution est la colonne vertébrale de notre législation, cette référence en matière d'application objective des lois nécessite le préalable de leur gestation. Et à ce tout premier stade de leur formation, les lois sont souvent l'objet d'un vote régulier, bien qu'il leur arrive de passer en douce, inaperçues et méticuleusement enfouies dans un Journal officiel dont la lecture accidentelle en surprendrait plus d'un.

Nul n'est censé ignorer la loi, nous direz-vous, mais parmi celles qui sont encore à l'état de projet, il y a aussi les décrets autorisant la manipulation des textes antérieurs, pour en faire l'instrument du pouvoir exécutif. Que je sache, le décret n'est pas voté à la régulière, contrairement à la loi à laquelle il succède comme le faisaient les rois.

Un décret est souvent pondu en douce, il tombe du ciel comme Sainte Edvige, dernière apparition notoire dans ce fameux journal officiel adressé aux plus intimes du pouvoir. Edvige, un beau sigle pour rouler Marianne, et pour décréter en quelques lettres l'Exploitation Documentaire et la Valorisation de l'Information Générale. Grâce à pas mal de blogueurs cependant, ce nouveau décret menaçant notre vie privée a fini par déclencher un tollé, et un afflux de pétitions aux signataires inquiétés jusque dans leurs ébats et débats les plus intimes.

En résumé, Edvige correspond à un projet de fichage de tous les individus susceptibles, à partir de leurs treizième année. Reste à savoir de quoi ils sont susceptibles, en tant que virtuels innocents mais potentiels coupables. En d'autres termes, si demain, par le biais de ce décret passé en douce, de cette Sainte Edvige aux oeillades fouineuses, toute personne susceptible d'être suspectée ne se voit pas fichée à son insu, répertoriée en fonction de sa santé, de son activité professionnelle, de son salaire ou de son patrimoine, de ses moeurs ou de ses penchants, alors dans ce cas, Edvige canonisée n'est pas un décret stricto sensu, allusion faite au droit latin selon lequel le décret correspondait à une décision éminemment pontificale, amen.

Edvige canonisée sera la fête de tous les citoyens aux idéaux menaçant pour la pensée unique. Espionne de la vie privée et de la vie publique, Edvige sera la fête des maires, la fête des curés et des incurables, la fête des infidèles : hétéros et homos auront au moins ce point-là en commun, indifféremment présumés coupables, et coupables d'alimenter les présomptions.

Si comparaison n'était pas raison, le devoir de mémoire serait une foutaise, et sans aller jusqu'à prétendre que Sainte Edvige ressemble aux lois délatrices qui ont privé les juifs de leur job durant des années sordides, Edvige canonisée équivaudrait néanmoins à une régression vers la chasse aux sorcières de sinistre mémoire outre-Atlantique. Et si demain était comme hier, pour des décennies de fichage anticommunistes, mais selon un procédé aussi fâcheux que fasciste ? Ne serait-ce que dans le cadre d'une enquête administrative, à vocation d'exclure de la fonction publique toutes les brebis galeuse. Ne négligeons pas que ce fut le cas aux Etats-Unis. Et ça pourrait l'être en France, si demain Edvige était opposable au droit de passer un concours dans le plus strict anonymat.

Mesdames et Messieurs les ministres, sitôt fichés, sitôt fichus ? Arrêtons-là d'halluciner. Sainte Edvige a tout l'air d'une drôle d'ex-Stasi. 

                                                                         

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