Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
A force de tourner autour du pot, on finit par s'y planter. Idem
pour les spermatozoïdes, qui n'ont pourtant
aucun mérite. Et je ne sais pas ce qui a
pris à certains d’entre eux, de commuer en victoire le coup de pot qui les a propulsés plus loin en avant que les autres, à l'instant de partir ou de se départir jusque dans le creuset d’un
ovule..
La théorie, selon laquelle le premier venu est le plus fort, est du ressort de la pensée unique, pensée fort nuisible qui pousse à l'auto flagellation quiconque dont le fouet lui sert de moyen de locomotion. Pour autant, personne n'a le droit naturel de prendre la parole au nom de la majorité silencieuse, pour appeler "défaite" un grand projet parti en couille.
Les spermatozoïdes sont les seuls, pour ne pas dire bien seuls, à pouvoir déduire de leur relation intime avec l'ovule cette conclusion hâtive selon laquelle il ne peut exister d'autre fin en soi que cette union précipitée. Pourtant qui sait, pourtant qui peut se représenter ce qu'un spermatozoïde voué à la solitude peut concevoir d'une défaite qu'il n'a pas en tête, bien qu'on la lui attribue en toute (bonne) conscience.
L'impression de réussir n'est qu'un point de vue, et hormis ce que pourrait nous en dire tous ceux qui sont partis avant nous, (les ascendants, attendu qu'un cimetière est une plantation de spermatozoïdes victorieux), l'objectivité scientifique quant à elle, et la rigueur expérimentale s'en tiennent aux faits, avec aux mêmes causes les mêmes effets, à savoir que des millions de spermatozoïdes sont peu ou proue pressés d'en finir, pour peu que l'exceptionnelle complicité de l'un d'entre eux avec l'ovule confirme cette règle.
Mais vis à vis de ces remarques avérées au su de mes énièmes descendants, qui suis-je, sphinx accouchant d'une énigme en masse, oracle sans pythie, contempteur impitoyable d'une foule sentimentale et persuadée d'avoir des buts à atteindre depuis qu'elle en a rencontré un, l’ovule, et qu'on ne lui dise surtout pas que c'était par hasard, sinon elle désespère. Qui suis-je ? pour prétendre, au su d'une expérience mirifique, et au péril de me répéter, qu'abondance de biens ne peut nuire, bien qu'il puisse embarrasser.
Finalement je suis, et j'en suis ! J’en suis de ceux qui peuvent multiplier l'information, celle entre autre que Le Monde est "Volonté de Représentation", comme l'écrivait Arthur Schopenhauer, et je l'affirme sans jamais avoir lu son livre, sans jamais m'être ouvert à ce bouquin qu'Arthur a manifestement écrit pour que j'en déduise ma critique, par goût pour l'imposture. Et rien que pour ce faire, j'ai lu tas de ses descendants, à Schopenhauer, littéralement des disciples, sans forcément savoir ce qu'ils tenaient de lui. Mais de hasards en pifométries, j'ai quand même réussi, notamment à croire par moi-même que je pensais avant tout le monde, avant tout ce monde représenté par des réussites et autres combinaisons du mérite.
Je pensais... la belle affaire ! A dire vrai, je pensais sans connaître mes sources, comme l'autiste moyen, ou alors j'y pensais en me gardant bien d'y faire référence, comme le fumiste non moins répandu. Pour dire que le sprinter imaginaire, ce spermatozoïde naturellement contraint de devenir le spermatozoïde le plus endurant, le plus patient, continue de vivre dans l'impasse des apparences plus longtemps qu'il n'y paraît. Peut-être même plus longtemps qu'une vie, espérons-le, ou n'espérons pas en une seule existence, dont les figures imposées ne laissent guère le temps de se refaire.
En tout cas je suis sûr que de Schopenhauer au Sphinx, il n'y a qu'un pas, fait à quatre pattes, et puis un autre effectué sur deux jambes, sans omettre le troisième à l'aide d'une canne ou d'un bâton de pèlerin. Et tout m'amène à penser que les apparences d'un homme sont bien réelles, mais uniquement les unes par rapport aux autres. Si bien que le fait d'être, d'être modestement, ne se veut pas correspondant à un cliché, ni même vivant à la colle d'une étiquette. Si bien qu'un homme, ou une femme, n'est pas tel que représenté dans un dico, avec son âge sur la figure.
Quel âge avait Rimbaud, demandait Coluche de but en blanc. Mieux vaut répondre qu'il avait l'âge de sa métamorphose, le temps d'un cycle dans l'absolu.
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A tous les réincarnés en semences ou en virus, je dédie cette histoire sans fin. Et que nul ne m'accuse d'avoir sauté du coq à l'âme humaine, telle la dernière venue des maladies.
Mais à notre corps défendant, le fond ne se dédouble jamais. Et les formes qui croient se le faire se défont.