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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Nihilisme positif

Au moment de commémorer les soixante ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de la Citoyenne,  j’en reviens à cette rubrique tablant sur la capitalisation du vide le plus entier. Il faut positiver, disent les modernes, et le néant s’y entend pour annuler les échecs les plus cuisants. Un rien vaut mieux que deux tu l’auras.

Un rien en échos à la page 72 de « Contre tous les Empires », ce que j’écrivais dans ce livre vaut à mes yeux tous les serpents monétaires. Reptation oblige, ou quand bien même lové sur la branche de mon arbre, j’attends aujourd’hui comme hier un grand retour sur investissement. Je patiente aussi longtemps qu’aux aguets, aussi longtemps que nécessaire, et quand une idée passe sous mon  perchoir, je ne la laisse jamais tomber plus vite que moi dans notre chute, libre de la rejoindre par le plus court chemin de la prédation. Juste le temps d’être ma proie, cette idée endure alors un grave échec que je positivise. Rassurez-vous, je la libère ensuite. Elle est à vous. Elle est à nous ce qu’elle avoue. Et plus les idées sont pourchassées, moins elles  risquent la captivité, moins elles menacent de se cloner, fuyant en nombre raisonnable les périls de la prolifération et les mirages de l’inflation.

Car aujourd’hui comme hier, la tentation de dénombrer toutes les pensées qui se débattent en nous, et qui se multiplient entre elles, consomment une énergie que, dans mon cas, je croyais exclusivement mienne, alors qu’à y regarder par deux fois, cette surenchère de pensées et autres suite d’idées s’avérait être, image aboutie d’une ruée vers l’or, ma concession à un élan social truffé d’artifices, expressément diligenté pour déformer ma perception du réel.

C’est alors que, bien décidé à me représenter autre chose que ce suicide collectif, dont l’effet boomerang distillait le mauvais élixir d’un égoïsme morbide, j’arrêtai là mon calcul, j’arrêtai de dénombrer à tout prix la foule de mes pensées, convaincu que si je commençais par cette extrémité comptable, j’étais du mauvais côté du miroir, l’arroseur arrosé de l’histoire, l’agent dupe de son double.  

Alors avis à la population ! me suis-je écrié en mon for intérieur, comme si je m’apprêtais à voter une loi qui lisait dans mes pensées vagabondes la nécessité d’en sourire.

Ces vagabondes se débattaient comme des chiffonnières. C’était à celle qui se ferait entendre la dernière. La plus éloquente d’entre elles croyait clouer le bec au balbutiement naissant des meilleures. Alors il me fallait couper court à cette foire d’empoigne idéologique, et soudain, comme pour apaiser l’errance de mes multitudes imaginaires, j’énonçais les premiers articles de la loi du plus fort :

Art 1 : Les idées naissent libres et égales entre elles ; toute discrimination sera d’ordre rédactionnelle, et la mise en valeur d’une idée particulière dépendra du contexte, écrit à l’encre sympathique.

Art 2 : La lutte idéologique n’est pas invincible. Et de la neutralité de la mémoire dépend la sauvegarde de toutes les pensées.

Art 3 : La biologie, c’est l’étude de la vie.

La chronologie, c’est l’étude du temps.

Alors l’idéologie peut être l’étude de toutes les idées ; pas une seule d’entre elles n’est à retrancher.

Et je n’en finirais pas de décrire les mouvements d’une foule de pensées coordonnées par ma présence d’esprit. Mais ce rêve éveillé, écrit à l’encre délébile, s’effaçait au fur et à mesure, tel que le prévoit la loi du plus fort. Et je tombais sous le charme de cette loi, elle me révélait sa teneur apocalyptique, la magie et la supériorité du vide sur tout ce qui est animé ou croit ne pas l’être.

Le vide est ce fil invisible reliant entre eux les archétypes, tous les concepts primordiaux, pas si nombreux que ça au bout du compte, en tout cas pas si nombreux à se bousculer au panthéon de la logique nihiliste, cette étude approfondie du néant qui ne tient qu’à un fil, mais qui y tient beaucoup plus qu’à tant de balivernes, tant ce fil, dans son contexte d’origine latine, traduit sans la trahir son alliance avec le néant, en un mot, en une équation étymologique : nihil = rien, ou presque rien. Autant dire qu'au sens figuré, il s'en faut d'un rien que tout ne tienne qu'à un fil.

Et tant mieux s’il est rouge.



                                         Rubrique 2, texte 6   

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