Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
On nous
assure que les banques s’apprêtent à jouer le jeu. Qu’elles vont prêter de l’argent. Bonne nouvelle que ce jeu, qui implique le remboursement intégral de l’argent prêté, et chose
moins amusante, les intérêts compris, dont le taux peut varier en fonction du montant de l’emprunt et de la persistance de l’échéancier. Inutile de rappeler que cet échéancier, qui a pour
vocation de fidéliser les entreprises et les ménages, aura été rendu possible grâce à la récente intervention de l’Etat.
Si j’ai bien compris, en se portant caution, l’Etat prête aux banques, qui prêtent à leurs clients, qui remboursent les banques et, par suite, l’Etat-providence,
autant dire le contribuable non moins providentiel.
Le contribuable est toujours providentiel. Il paye l’impôt sur le revenu quand il en a un, et à défaut de cette chance, le
contribuable se console en payant l’impôt sur la consommation. Gageons d’ailleurs que celui qui n’a que le loisir de payer cet impôt sur la consommation est un modèle d’intégration. Car la
consommation est un acte d’autant plus citoyen que la courbe du chômage en imite une autre, celle des taux d’intérêts qu’impose le remboursement de l’argent fictif dont les spéculateurs
empreintés nous ont fait cadeau en 2008.
Amis contribuables, sans lesquels l’Etat n’aurait jamais eu les moyens de s’ériger providentiellement, amies contribuables, merci à vous toutes et tous. Vous allez
sauver les places boursières que le ridicule ne tue pas, et ce faisant, vous méritez une belle médaille et son revers : la crise. Une crise qui sera aussi longue qu’un échéancier. Ne
craignez donc pas de régler à taux fort tous vos achats, car en temps de guerre économique, la consommation est un acte citoyen héroïque.
Et même quand un banquier vous demande de lui prêter de l’argent,
n’hésitez pas. Et n’y voyez aucune entourloupe quand les taux d’intérêts dégringolent. On vous dit que le rendement du Livret A est toujours aussi intéressant ? Sans aucun doute…
En passant dès février de 4 à 2 pour cent, le rendement de ce livret sera quasiment identique, en particulier pour les plus fauchés des épargnants. Car Mesdames et Messieurs les Ministres, me
trompé-je tout seul, ou bien sommes-nous de plus en plus nombreux à nous leurrer, en plaçant le peu qu’on peut sur un livret dont le rendement est proportionnel à ce qu’il y a dessus ?
M’est avis cependant que pour les petits épargnants qui sont de plus en plus petits, 4 ou 2 pour cent de presque rien, c’est bon an mal an quasiment identique,
quasiment dérisoire. Ah le livret ! C’est comme prêter 4000 euros à un banquier dans le besoin, et qui promet de vous en rendre 100 au lieu de 200 l’année prochaine. Sympathique le banquier.
C’est le cas de le dire à son sujet, qui paye ses dettes de la sorte s’enrichit.
Mesdames et Messieurs les Ministres de la droite, Mesdames et Messieurs les Députés de cette droite très payante, vous dont le travail parlementaire consiste
essentiellement à revoter les lois du marché, la cohérence de votre discours entretient une fracture sociale qui tient parfaitement la route. Mais ceux à qui votre discours s’adresse ont
certainement un revenu de Nabab. Estimons-le à 5000 euros mensuels. Et je ne crois pas exagérer en plaçant la barre aussi haut. En effet, c’est peu dire qu’à cause de la surchauffe des places
boursières et des formes de spéculation en tous genres, en dessous de 5000 euros, t’as plus rien. Tu boucles la fin du mois et tu recommences, sans passer par la case épargne.
Mesdames et Messieurs les députés de droite, la pertinence et l’acuité ainsi que votre perception de la gestion planifiée touche aux nues de la macroéconomie. Mais il ne fait aucun doute que pour les cas particuliers aux faibles revenus, vos savants calculs de pourcentages ne sont pas assez compliqués. Pour ces petites gens hélas, 4 ou 2 pour cent de presque rien, c’est toujours presque rien. On s’en tape le coquillard de poireauter un an pour récolter le fruit trop peu juteux de nos maigres épargnes, et si bêtement mises en valeur. Franchement, admettez que s’il faut prêter 1000 euros au banquier, puis ensuite s’impatienter un an avant qu’il nous en rende 25, autant donner un su sucre à son chien chien parce qu’il sait si bien faire le beau. Admettez que le pauvre n’est pas un bobo, mais seulement de gauche. Votre politique ne nous atteint pas, ou seulement de plein fouet. Et votre logiciel sophistiqué ne nous est d’aucune utilité pour convertir en pourcentages la décimale de nos épargnes ou pour la décimer.
M’est avis finalement qu’en passant de 4 à 2 pour cent, le rendement du Livret A en fait l’épouvantail avec lequel les pigeons n’auront pas tord de prendre leurs distances. Tant et si bien que vu de loin, ce Livret A semble avoir pour vocation de ne pas être ouvert à tous, comme une incitation à la consommation à outrance, comme une forme d’exclusion pour ceux qui n’ont pas assez, et que la crise autorise à ne rien économiser.
Mesdames et Messieurs les Ministres et Députés de droite, la baisse de rendement du Livret A aura t’elle des effets dissuasifs involontaires, ou sciemment escomptés ?