Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
On dit que la nature est belle, dommage qu’il faille tuer pour y survivre.
Les prédateurs qui mangent de la viande (pléonasme), mais les autres prédateurs, qui mangent de la chair végétale, (précision valant son pesant de cacahuètes), et puis encore, les prédateurs qui s’enracinent pour courir, pour se ruer vers la cime des autres arbres, afin de capter toujours plus de lumière que ces voisins feuillus et encombrants.
La chaîne alimentaire nous fait de l’ombre. La chaîne alimentaire, toujours en mouvement, sans haut ni bas, unitaire et dépourvue de hiérarchie au garde à vous, la chaîne alimentaire seulement victime de sa réputation, se livre en vérité à tous les types de prédation.
L’homme descend du singe, qui descend du poisson, qui descend de la haute mer, qui descend du ciel sans croire au Père Noël, et au gré de cette évolution infime, au sein de cette éternité à bout, Dame Nature triste à pleurer de rage, dont la morale nous intime l’ordre et le combat. Elle est la sève de tout ce qui guerroie, et qu’on appelle en termes plus ou moins savants, osmose, symbiose, association de malfaiteurs… enchaînement abrupt qui pardonne le trader, parce que la chaîne alimentaire le comprend dans la mesure où elle l’intègre.
Le trader descend du singe, qui descend de l’arbre, profondément enraciné dans une lave attiédie par la
fièvre. Car la fièvre est modératrice. Jamais incandescente, elle ne fait que descendre de la lumière qui brûle et qui traverse l’ombre de la matière. La fièvre autorise la survie, aux conditions
de la malbouffe.
Mais cette fièvre condamnée à valider ce qu’elle digère, lui donne plus ou moins de valeur au rythme pas toujours hôtelier du jour et de la nuit, allant des heures de repas aux heures de répit, comme du début de la faim à la fin de la chasse. La fièvre est un fauve, un trader, un arbuste ou un vieux chêne, une espèce nouvellement expérimentée, ou une très ancienne dont la disparition descend de sa candeur.
La fièvre est aussi féroce que la tragédie ou l’humour. La fièvre est amour, érectile comme les griffes d’un répit, tout simplement parce qu’il faut bien savoir spéculer pour donner à sa malbouffe la valeur d’un principe.
En principe… le fauve ne regarde pas toujours sa proie d’un même œil. Ce qui guide son estimation de la proie, va de la faim à la satiété en faire varier le prix. La satiété fera évoluer ce prix vers l’accalmie, tandis que la disette le fera courir. Et il en va de même pour la soif. Des tonnes de glaçons formatés auront moins de valeur au pôle nord, que le mirage en plein désert d’une tempête dans un verre d’eau.
Il apparaît qu’au rythme d’une Dame Nature hospitalière, le prix de l’aliment flambe aux heures des repas, et refroidit aux heures des repus, cuits ou crus.
La valeur de la bouffe a la valeur des heures qui s’échangent. Sauf que dans la nature, si la faim est aussi féroce qu’instinctive, la satiété est aussi économe que reposante. Et vis de tant de prédateurs forcément appâtés mais jamais cruels, le trader devrait se justifier en les singeant, en tuant pour vivre sans vivre pour tuer.
Alors en résumé, que vaut l’évolution de toutes les espèces ? Disons qu’elle fluctue, et que globalement, cette évolution a la valeur concrète d’une journée bien remplie.