Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Rendu à l’âge « adulte », bonjour les guillemets, l’individu épris de pouvoir nécessite en la circonstance la fréquentation d’un bon psy. La quête obsessionnelle du pouvoir est inhérente à des complexes non assumés. On ne guérit jamais de son enfance, vous réciterait le psy assis à côté de son divan, rappelant à son malade chronique que c’est pas l’heure de somnambuler.
Les automatismes du pouvoir nous mènent. Biaisés par la succession de quelques guides suprêmes, ils nous ramènent à « la Volonté de Puissance » dont Nietzsche distillait la critique, l’antidote que nécessitait son tempérament passionné. Dans les faits, l’ennemi que cherche à identifier le psy est dans les murs. Dans la tête du patient, il s’enfonce dans la mémoire jusque dans les rêves les plus épiques. Le Cheval de Troie par exemple, fallait être gonflé pour en avoir l’idée, mais les assiégés troyens devaient souffrir d’un appétit de Blanche Neige pour accepter ce cadeau empoisonné. L’Epopée d’Homère, une fois pour toutes, c’est l’histoire de la quête du pouvoir bien ficelé par une intrigue amoureuse. Comme d’habitude, le mâle en rut veut conquérir, et la femelle en chaleur cherche à séduire.
Vaincre ou mourir, soit, mais vaincre ou mourir ne va pas sans l’obligation de plaire selon la même alternative. Laquelle situe les mendiants du pouvoir à hauteur d’un paradoxe : ils sont les pires mendiants de l’amour, et sont fin prêts à l’obtenir par la foudre de Zeus, au cas où la soudure à l’arc de Cupidon ne tiendrait pas.
La mythologie grecque nous raconte que Zeus poussa la supercherie jusqu’à se travestir en homme afin de séduire une mortelle que je dirai bandante. Zeus était un dieu complexé. D’ailleurs tous les dieux sont de grands enfants divins. Des ados attardés que l’acné juvénile ou le reflet désemparé d’une psyché retient dans le giron des passions, et même avant, dans le berceau de la nativité. Tous ces dieux souffrent de ce que déduirait le psy, reconnaissant envers les symptômes pour ce qu’ils évoquent des maladies. Traumatisme amoureux, retard affectif, érection mégalomaniaque, vampirisme vaginal et j’en passe. La conquête du pouvoir reste en l’état, une quête conne. Une saleté de complexe qui avance masquée et déguise l’ennemi. Et je veux bien avouer qu’à cheval sur mon baudet, le canasson de Troie donnait rendez-vous à autant d’ânes qu’à des générations défectueuses.
Amis du pouvoir, vous saurez admettre que Zeus restera à l’avenir ce qu’il était à l’imparfait, le maître de l’Olympe amoureux fou de ses travers, quand la perfection serait pire qu’un complexe assumé, divinement chiante.
Amendement honorable
Tant que j’y suis je me pardonne. Pitié que j’en rigole, l’enfance dont on ne guérit pas se soigne de mieux en mieux. L’hypocondrie est une maladie pour permettre à l’hypocondriaque d’être malade. Il prend tant soin de lui pour reculer l’échéance de la déchéance. Excessivement sans doute, il devance les ennuis de santé que d’autres voudraient semer à la course, dans leur vie de débauche effrénée. Mais ces deux cas pathologiques posent la même problématique. De celui qui se soucie trop de sa santé à celui qui ne l’apprécie pas assez, le raccourci des funérailles en indique la date prématurée. Rare sont en effet les fous qui sautent à pieds joints dans la tombe, hormis les fanatiques croyant l’aimer, le paradis. Et cependant, le paradis n’est pas un terme pour prématurés. Il y a d’abord Saint Pierre à qui il faut rendre des comptes, et puis ensuite… le paradis accueille les âmes éternellement fatiguées de l’enfer permanent. Tous les repentis vous le diront, le paradis c’est pas ce qu’on croit. C’est même inconcevable. Et faudrait pas s’y précipiter sans détester absolument l’enfer ou l’iconographie d’un au-delà sensuel. Le paradis n’a aucun sens. L’éternité déconstruit notre patrimoine cultuel mieux qu’on ne saurait le ruiner. Le paradis annihile les croyances saugrenues qui nous tenaient en vie. Adieu la pile cérébrale puisqu’il n’y a plus de renaissance à imaginer. Adieu le cœur puisque le sang ne coule plus dans les veines ou dans le sillon des conflits mortels. Adieu les docteurs de la foi puisqu’il n’y a plus aucun doute. Bye bye toubib je ne tomberai plus jamais malade. Tchao pantin tiré par des ficelles, mon âme n’a plus besoin de ton enveloppe laborieuse. Plus besoin d’un toit, au dessus des nuages. Il ne pleut pas, il ne fait jamais froid, et si parfois ça gèle, l’éternité s’en fout et sans système nerveux, ni cet arbre de la connaissance, ni le fruit de la souffrance et des plaisirs défendus ne peuvent la toucher.
Dépourvus de système nerveux, et pour cause, les immortels n’éprouvent pas davantage le besoin de se sauver du danger que de le provoquer. La faim ne le affecte plus et ils n’ont plus à gagner leur pain pour d’obscures raisons de digestion vitale. Leurs tripes, ils les ont laissées en bas, merde à l’enfer. Et il ne manque pas d’air, l’immortel. Il ne peut plus mentir comme il respirait. Alors à quoi bon, dans ce cas, avoir un nez qui s’allonge. Au diable les oreilles, au diables les yeux qui font tourner la tête vers des malentendus.
Le paradis, c’est cent pour cent de chômage, et les graphiques aux courbes ascendantes y arrivent à terme, il n’y a pas plus haut. L’ennui dans tout ça, il faut bien l’assumer, c’est le souvenir exponentiel de l’enfer, cent pour cent d’emplois factices et des sous plein les fouilles, avec l’illusion d’être riche bien que tous nos trésors d’imagination, aucun d’entre nous n’est parvenu à les emporter dans la tombe. C’est fort dommage, d’ailleurs. Car en se débarrassant de leur richesse en même temps que des riches, on se débarrasserait simultanément des héritiers potentiels. « Laissez les morts enterrer les morts » disait le fruit de l’immaculée conception, en référence impossible à l’immaculation sans concept. L’économie repartirait alors sur des bases saines et dépourvues préjugés, avec pour prime au travail les mécanismes du libre échange. L’argent propre finirait bien par tomber du ciel, n’en doutez pas. Et si le paradis n’existait pas, il faudrait l’inventer rien que pour ça.