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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Bouffons

 

Malthus, encore lui. Je ne vais tout de même pas lui dédier une rubrique. Ca m’ennuierait de bassiner mon lecteur. Alors je vais tâcher de ne pas donner à ce texte des allures de cours magistral. Si l’école est obligatoire, les facs sont par définition facultatives.

 

Quoique l’étude des sciences rende plus forts ceux et celles qu’elle n’élimine pas, cette étude porte un nom à manipuler avec précaution, l’épistémologie. Laquelle permet de situer les degrés  de correspondance qui relient la diversité des savoirs à des méthodes de recherches comparables. Et les sciences communiquent entre elles par le biais de préoccupations qui ne sont pas étrangères au monde des arts. Y compris l’art de la guerre et l’émulation des jeux plus innocents. Sans les V1 et les V2 d’Hitler, les fusées n’auraient pas décollé de sitôt vers la lune. Non pas que je veuille comparer les cratères de notre satellite à ceux de nos bombes, il n’empêche, l’épistémologie est le point de départ d’une compréhension exhaustive, quoiqu’il en coûte de sueur et de sang.

 

 Depuis quelques décennies, l’épistémologie a une rivale, la scientologie. Sans conteste, si la biologie et la technologie signifient respectivement l’étude de la vie et l’étude des techniques, scientologie ne peut que signifier l’étude des sciences. Sauf que.

 

Sauf que l’étude des sciences est ce qu’on en fait. Un mot, un mot ou son synonyme, peut tout dire et finit bien souvent par signifier son contraire. Il ne reste plus qu’à espérer un effet boomerang pour le retourner à l’envoyeur, l’épistémologie irréductible.

 

Manipulés que nous sommes au gré du moindre mot qui nous trotte dans la tête, nous le sommes également par les théories malmenées. Parmi les ramifications qu’engendre n’importe laquelle de ces théories, se trouvent toujours quelques regrettables déviances. Et le malthusianisme, allant de soi pour Malthus, n’a pas fait exception à la règle. Il fut hélas victime de certaines interprétations dont je vous résume l’habileté.

 

Tout d’abord, disons que lorsqu’un théoricien pose une question, c’est qu’il connaît la réponse. Un peu comme un animateur de jeu télé. Malthus s’interroge donc sur un problème alimentaire, ayant observé qu’à son époque, la production des vivres répondait de moins en moins aux besoins croissants d’une population trop féconde. La terre est fertile mais elle a ses limites, et la peur de manquer interrogea les élites. Malthus ayant mis le doigt là où ça fait mal, seul ceux qui ne souffraient pas de la faim ont dit aïe ! Ca a donné que les élites ont préconçu l’idée d’une natalité sélective, faire des enfants étant dans ce cas un privilège libidineusement préférable à la chasteté préconisée aux gens fauchés.

 

Instiguée par la peur de manquer, la nécessité de se débarrasser du plus grand nombre s’imposait. Et en général, tout se passe pour que la manipulation d’une théorie ne s’arrête pas en si bon chemin, une fois sortie de son contexte. Un bon mot, une petite phrase extirpée d’un énoncé théorique peut alors en résumer le contraire. Même moi, c’est vous dire, en me creusant un peu les méninges, je suis parvenu à dire le contraire du contraire . Moins moins, ça fait plus, et le destin d’une théorie la retourne à l’envoyeur avec un supplément. Plus question alors de se passer du trop grand nombre par le décret de la dénatalité. Dès lors qu’on peut très bien laisser se multiplier les indigents et faire comme s’ils n’étaient pas nés. Notez que cet abandon vaut facilement l’effort à fournir en vue d’un système équitable. Tant que ça marche, « pour que les riches soient de plus en plus riches, c’est ma foi bon que les petits consommateurs soient de plus en plus nombreux ».

 

Jusqu’au jour où le petit peuple apprendra, lui aussi, à s’approprier les théories qui veulent tout dire et son contraire. Machiavel, si je ne m’abuse, Machiavel a écrit « Le Prince » à l’intention de l’éducation politique du prince et pour conforter son pouvoir. Mais c’est finalement le peuple qui s’est identifié aux intentions machiavéliques. L’arroseur arrosé, vous connaissez. L’effet boomerang aussi. Eh bien la vulgarisation du savoir, c’est pareil. Une théorie n’est pas aboutie tant qu’elle n’appartient pas en d’équitables proportions au pouvoir et au contre pouvoir. Et l’idée que je me fais, concernant la destinée globale d’une théorie, rejoint la fourberie de Nietzsche quand il suggérait au lecteur de « savoir combattre dans le camps de ses ennemis. »

 

Cet apprentissage pourrait commencer dès l’école. Il suffirait d’y enseigner que nos ancêtres n’étaient pas que les Gaulois, ou que Charlemagne n’a pas inventé que l’école. Attendu que pour se forger un empire tel que le sien, les enfants de la patrie, on ne les inscrit nulle part, on les conscrit. On préfère les voir manger à la cantine des armées fortifiées.

 

 

   

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