Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
(SUITE)

KARL MARX
ressuscité...
Karl Marx...
régurgité. De la bouillie pour bébés. Nous en sommes donc à rappeler que si la valeur ajoutée à une matière première est le fruit du travail, la plus
value quant à elle, la plus value incontrôlée, cette plus value aux mains des seuls spéculateurs devient l'objet de toutes les fluctuations mafieuses. Qu'on ait affaire au marché parallèle ou à
celui qui ne l'est pas, ce marché dont la loi incite à la dérégulation de tous les échanges offre toujours moins qu'il n'y a de demande, pour que le yoyo de la Bourse monte plus souvent qu'il ne
descende.
Et en vertu de ce saint principe de l'offre et de la demande auquel tout le monde semble obéir, moutonnant, vive la démocratie à gogos, et à bas la république. Pourquoi ? Autant se demander à qui fait obstacle la république (le denier publique), et à qui profite l'opinion majoritaire (la démocratisation des moeurs).
Autant se demander pour qui la croissance est une nécessité : les riches. Mettez-vous à leur place. Vous êtes à la tête d'une grosse fortune, alors deux possibilités s'offrent à vous. Soit la dépenser. Soit ne pas la dépenser. Mais une question se pose rapidement à celui qui détient un bas de laine et ne veut pas le filer : pourquoi être riche si je ne peux profiter de cette richesse ? D'où la nécessité pour les riches de faire fructifier leur fortune. Le dialogue qui s'est alors établi entre le riche et le pauvre se résume à ce qui suit :
- Je veux de l'argent parce que je n'en ai pas, dit le pauvre.
- Je veux encore plus d'argent, rétorque le riche, pour ne pas avoir à dépenser celui que j'ai déjà... Et bien ce dialogue entre le pauvre et le riche a institutionnalisé la notion de croissance, comme s'il s'agissait d'un principe participant de la logique universelle. A croire que depuis que le spéculateur a appris que la terre était ronde comme un ballon, il la croit gonflable. Il se tient même prêt à exciter la croissance démographique mondiale, histoire de ce dégoter de nouveaux marchés quand les présents seront saturés.
Dans les zones les plus perverses de ce système, il faut même résumer la situation à ce proverbe : pour que les riches soient de plus en plus riches, les pauvres doivent être de plus en plus nombreux.
Un tel équilibre des forces entre le kilo d'or et le kilo de merde entretient certainement les rouages du mouvement perpétuel, mais au profit croissant d'une minorité inqualifiable.
Et pour effacer de ce tableau les engrenages qui m'en donnent une vision pessimiste, j'entends promouvoir quelques évidences à propos du capital privé, quand bien même il me serait reproché d'avoir les chevilles qui enflent à force de vouloir arriver à hauteur de celles de Karl Marx.
Il va de soi que l'essor industriel, reprenant à son compte la multiplication des pains, et ceci quotidiennement afin que le miracle alimentaire ne soit plus un mirage éphémère, donc cet essor industriel aurait pu instaurer, dans l'intérêt de tous, les perspectives de l'opulence distributive. Mais pour que ce tableau ne se referme plus sur les volés, pour qu'au contraire il les aide à éclore dans un État de droit plus que de chances, il eut fallu que les capitaux de la production industrielle correspondent en quantité, non seulement avec la valeur des forces de travail en présence, mais représentent aussi, et reconnaissent tout à la fois l'influence productiviste du petit consommateur, normalement rétribuable en tant qu'investisseur.
Il va sans dire que la gestion d'un tel capital devrait être sous la responsabilité (certes complexe) de l'État. Hélas tout le contraire s'est produit. La privatisation à gogo de tous les noyaux durs de l'industrie les a abandonnés aux stratégies concurrentielles, lesquelles se fichent éperdument de l'intérêt collectif, et n'ont aucun devoir envers lui.
Pour ainsi dire, lors de tout démantèlement d'un monopole public, l'État renonce à exercer son pouvoir économique, mais pire, il se dégage de toute ingérence dans ce qui intente à la sécurité publique, laquelle ne peut être prise en charge par le secteur concurrentiel. Prenez l'exemple, bientôt officiel, de l'automatisation des caisses enregistreuses à la sortie des supermarchés. Un État qui se prétendrait garant des valeurs républicaines, et de la liberté de circulation, interdirait au progrès de nuire au monde du travail, interdirait la mise en place de terminaux à l'usage desquels le consommateur piquerait la place de la caissière.
Le monopole privé n'est plus un État dans l'État, mais un État dans tous ses états.
Monsieur Gorbatchev avait bien compris la situation. Désireux de combattre le totalitarisme, il souhaitait assouplir le régime soviétique. Mais pour que cette libéralisation à l'est du rideau de fer ne se résume pas à un simple transfert de pouvoir entre d'une part, le monopole d'État, et d'autre part le monopole financiarisé, il importait à Gorbatchev de préserver la supériorité du capital de l'État, en n'abandonnant pas au secteur concurrentiel les bastions majeurs de la production.
Gorbatchev souhaitait encourager la liberté d'entreprise, à proprement parler, autrement dit la liberté individuelle que le monopole écrase de toute sa vindicte. Gorbatchev souhaitait émanciper l'homme du système, en se rapprochant peut-être du modèle de l'économie "mixte", qui présida en France aux grandes avancées technologiques et sociales du XX° siècle. L'émancipation du commerce, sous la forme de PME, ou bien la sous-traitance indépendante, auraient permis aux ambitions personnelles d'exulter sans nuire à la collectivité. Mais en Union Soviétique comme ailleurs, pour que la reconnaissance du droit à la propriété individuelle, du droit à l'acquisition d'un bien productif, pour que toutes ces initiatives d'ordre privé ne perturbent pas l'ensemble des possibilités d'investissement collectif, il eut fallu, outre l'autorisation conciliatrice de l'État, il eut fallu que la fourchette des revenus ne souffre pas de cet écartèlement que l'on peut déplorer dans nos soi-disant démocraties de l'ouest. Bref, il eut fallu que la Bourse soit sous l'égide de l'État, et il eut fallu que les investissements d'intérêt public priment sur la volonté de puissance d'un quarteron de magnats indépendants.
Il eut fallu que le riche soit l'égal du pauvre. Théoriquement ils le sont en droit. Mais étant donné que le pauvre a l'obligation, plus que le droit, de dépenser la totalité de son maigre pécule, au nom de l'égalité, le consommateur plus fortuné devrait agir de même : Tout dépenser, et ne rien placer.
Au nom d'une Bourse qui voudrait réellement se donner à tous, rien ne justifie la richesse personnelle hormis sa consommation redistributive.
Tout dépenser, comme le pauvre ton égal, dilapider la totalité de ta fortune dans des biens de consommation éphémères, en es-tu capable, péquin fortuné ? Claquer tout ton fric en voyages interminables, ou réévaluer par de larges pourboires le travail de ceux qui te servent, et puis, pense à toi quand même, fais la fête jusqu'à plus soif, bois baise et gave-toi jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que mort s'en suive, c'est quand même mieux que la guillotine.
Mais stoppons là cet interrogatoire. Ne soyons pas hypocrites. Les intérêts divergent entre le riche investisseur et le pauvre qui serait tenté de le rattraper. Tout premier aspire à maintenir son avance sur ses poursuivants.
Raison pour laquelle une Bourse authentiquement démocratique conviendrait de la préalable nécessité de remettre périodiquement tous ses compteurs à zéro, afin que la case départ soit la même pour tous...
Tu penses avec raison, cher lecteur, que mes suggestions en matière d'économie sont absurdement naïves. Vois alors à quel point les perspectives ultra-libérales qu'on t'a vantées le sont aussi devenues.
L'argent, ce plénipotentiaire, est un dieu qui fait peur aux puissants comme aux faibles. Il sonde les reins et les coeurs. Il surprend les riches en flagrants délits d'initiés, et il se moque des pauvres bigots dupés.