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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Galilée (2)

lunettes.jpggalilee.jpg  Où l'on retrouve Galilée en haut de la tour de Pise, lors d'un célèbre épisode de l'Histoire des sciences. Ce qu'il faut alors savoir, rapport à cette expérience pacifique, concerne la vie et la curiosité de son auteur, Galilée. Cet homme ne vibrait pas au son du canon ou des catapultes d'Archimède. Il préférait inféoder son ingéniosité aux sciences pures, lesquelles disciplinent la conscience bien mieux qu'elle ne la conditionnent.

Les sciences pures se distinguent des autres sciences dans la mesure où elle ne se limitent pas à comparer le visible au visible, bien que comparer ce qui se voit à ce qu'on peut imaginer soit un bon début pour aiguiser la curiosité. Mais ça ne suffit pas. Par exemple ça ne suffit pas d'observer un poisson en train de nager, pour en déduire que ce n'est pas un oiseau en train de voler, ou éventuellement de courir. Certes ces trois modes de locomotion permettent d'avancer, mais ils ne nous avancent guère sur la voie de la prise de conscience. Même la roue, toujours en chemin, même les pales de l'hélice en plein ciel ou en plein bouillon, et qui ont supplanté les membres de la locomotion biomécanique, même cette roue et son usage tous azimuts ne font que reformuler une habitude, l'habitude pragmatique de comparer ce qui est possible et ce qui pourrait être rentable. Et comme on l'a dit plus haut, cette faculté de confronter le visible et ses conséquences imaginaires ne suffit pas, et ne nous fait pas progresser d'un iota sur la voie de la connaissance de soi.

Ce que Galilée cherchait donc à vérifier du haut de la tour de Pise, c'est le rapport de la science à la conscience. Il est monté là-haut pour faire une comparaison hors norme. Galilée va donc comparer, non pas le visible au visible, mais chose plus difficile, il va confronter le visible le plus concret au vide inatteignable. Et jamais association d'idée ne sera plus empreinte de curiosité que celle-ci, employée à établir un parallèle entre, d'une part, l'illusion flagrante du point d'impact d'un boulet de canon, et d'autre part la constance du néant. Car le boulet de canon est bel et bien tombé au pied de la tour de Pise. Sans assommer âme qui vive. Mais la dérision de ce résultat, qui aurait excité bien des consciences guerrières, laissa Galilée de marbre. Ben tiens ! on aurait tout aussi bien pu laisser tomber une plaque de marbre, tant l'expérience de Galilée, maintes fois répétée, tendait à prouver que tous les corps tombés, tombant, et qui tomberont dans le vide, accélèrent à la même vitesse, et tous finissent par atteindre une vitesse maximale qu'il ne peuvent dépasser. Plaque de marbre, boulet de canon, bûche en bois ou bille de verre, nul objet soumis au test de la chute n'échappe à cette loi universelle. Tous, ils sont égaux devant le vide. La petite bille de verre et le plus pondéreux des boulets que Galilée jeta simultanément du haut de la tour de Pise atteignirent le sol simultanément. Exception faite d'une feuille de papier qui se mit à virevolter, défiant les lois de la pesanteur et emportée par le vent, légère, légère... légère mais légende de l'exception qui confirme la règle, car cette feuille de papier, aussitôt froissée et roulée en boule, redevint aussi vite jetable que tous les autres objets, comme un oiseau sans plume, comme un poisson sans eau, comme un objet en panne et qui carbure selon l'essence du néant. 

                                                                                      Rubrique 2, texte 2

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