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Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles

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Galilée (5)

cosmos3.gif  Alors, bien qu'il soit aussi loisible de se réincarner en homme universel qu'en perroquet ou en coq, n'ergotons pas jusqu'à l'excès, et ne chicanons pas trop au moment de discuter d'une idée à l'autre. Elle se valent toutes, même si la gravité, cette force d'attraction autrement baptisée pesanteur, même si cette gravité-là veut bien que nos idées s'organisent comme des corps célestes dans un système planétaire ou galactique, auquel cas nos idées s'attirent autant qu'elle se résistent, mais l'égalité devant le vide, revenons-y, attendu que nos pensées les plus intimes sont un peu comme l'intimité des corps, célestes.

Une loi confraternelle s'est donc votée il y a fort longtemps, une loi antédiluvienne dont les prémisses se sont votées à une vitesse maximale, infranchissable mais universellement accessible pour atterrir ici bas, mais pas plus bas qu' en qualité de doléances morales.

C'est là une quête de l'excellence, et il y a lieu de concevoir que cette égalitarisme à grande vitesse n'a jamais aspiré à humaniser, vers le bas, son nivellement. Au contraire, ce désir que nous avons de progresser vers le "mieux", vers l'optimum et le "juste", ce désir mystérieux correspond à une nostalgie héritée de cette chute infinie et sans risque, et qui pour cette raison ne frappe que l'entendement.

Au gré parfait de cette vitesse paradoxale et universelle, tout les corps tombent dans le vide en pleine liberté. Et même nos pensées les plus agiles ne peuvent les rattraper.

Pensées les plus agiles, vous ne rattrapez personne, vous ne semez personne et dans le cadre d'une vitesse paradoxale et universellement partagée, vous ne semez pas même la discorde. Car si dans ce cadre, aucun corps ne modifie sa vitesse, si dans ce cadre proprement céleste les pensées veulent bien l'être aussi, c'est à croire que rien ne bouge parce que tous les écarts se perpétuent. En effet, si aucun corps ne modifie sa vitesse pour en rattraper un autre, il y a lieu de douter de leur mobilité d'ensemble, étant donné que dans le vide sans repère, c'est l'assurance d'une vitesse uniformément acquise qui fait que rien ne change...

Dans cette sorte de chute convenue à son image, l'univers des pensées présente une unité d'ensemble, et lui aussi se surprend à ressembler à un équilibre statique. En conclusion de quoi un ensemble de corps célestes, ou un ensemble de pensées aussi lestes, les uns et les autres tombant à la même vitesse (et dont la répartition reproduit seconde après seconde un cliché identique au précédent), et bien des corps ou des pensées aussi dignement célestes ne démontrent aucune quantité de mouvement, bien qu'en vertu des observations de Galilée, le dynamisme de cet ensemble atteigne en permanence le seuil critique de son accélération. Autrement dit, c'est la vitesse qui crée l'égalité... aussi bien que son apparence figée... Dans le jargon scientifique cela s'énonce comme suit : tout corps a une masse inertielle proportionnelle à son potentiel d'accélération. En d'autres termes, le poids d'un corps, c'est sa tendance à prendre de l'élan le plus durablement possible, mais les poids lourds ont des freins plus puissants que ceux d'une trottinette. Et c'est sans doute forts de cette nécessité que la science rejoint la conscience de ceux qui écrivirent:

Dieu n'aime pas les tièdes. Alors soyez forts. Donnez le meilleur. Foncez en choeur dans un mouvement dont l'harmonie d'ensemble pourrait sembler figée. C'est tout ou rien. C'est tout ou rien et ça revient au même, tant que ça n'est pas tiède. 

                                                                                    Rubrique 2, texte 5

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