Une philosophie du juste milieu, synthèse des premières lueurs métaphysiques et du déclin de ces jours-ci, y a que ça de vrai, les pieds sur une terre en pente et la tête dans les étoiles
Par jean-louis
Le temps, c'est de l'argent, c'est la pesanteur d'une idéologie qui ramène tout à l'aveuglement de la pompe à fric.
Ne cherchez donc pas tout ce temps perdu et tout ce pognon dans les fouilles d'un archéologue, mais dans celles de la spéculation contre nature.
L'argent est le nerf d'une guerre qui étend ses ramifications comme une épidémie tisse sa toile. Nerf à vif aux endroits de la pauvreté, nerf dévitalisé en hordes virtuelles aux mains des Attila des places boursières, l'argent est douleur et curare, la plaie et le pansement infecté, voleur d'un temps colonisé, d'un temps compté au rebours de toutes les formes d'esclavage.
Nègre de ceux pour qui il ne doit pas y avoir de temps mort, Chronos est un dieu vivant éternellement, aux conditions de ses taux de change. Ponctuellement, la bonne heure est celle qui prend de la valeur.
L'argent peut tant, que falsifier l'Histoire n'est pas le moindre de ses pouvoirs. La mise en équation du temps et de l'argent a ainsi donné le jour à des théories dont seuls les faux-monnayeurs sont dignes. Et l'argent n'épargne pas la science. Il lui passe commande d'une kyrielle d'idées toutes faites au critère monétaire.
L'argent veut que tout s'explique à travers lui. Son ordre de marcher ou de crever entend adapter les théories scientifiques à sa raison d'être, ou à disparaître : marxisme dénigré, capitalisme encensé, la sélection est rude aux paradis fiscaux, et dans l'enfer du nord contre le sud, les faux billets ressemblent à des vrais, comme c'est bizarre. Devenu à ce point virtuel, l'argent se passerait volontiers du temps, il voudrait bien le remonter, être arrivé avant de partir, être parvenu avant de naître. Comme tous les ogres charmants, l'argent aime bien les petits enfants, qui sont devenus grands comme des petits adultes. Sauf qu'à présent, s'il faut aller plus vite que le temps pour voir grandir un capital, la théorie du père Darwin en prend un sérieux coup, étant donné que cette théorie qui justifie la sélection naturelle doit tabler sur le facteur temps pour raconter la lente évolution des espèces. Et si à présent, les outils de la spéculation boursière permettent d'aller plus vite que le temps nécessaire pour pondre de l'argent, forcément virtuel, alors on ne se paye plus en espèces, et le darwinisme social est une fumisterie, à proprement parler un darwinisme anti-social qui ne sélectionne pas les plus forts, ou les plus évolués, mais ceux dont la capacité à remonter le temps, c'est autant de l'argent qu'une régression... en l'espèce.
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